Editions Du Cygne

  • « La Guardia civil » nous confie à des Marocains en uniforme qui nous conduisent à El Ksar. L'endroit ressemble fort à un poste de police. Nous sommes traités pire que des bêtes. Une fois descendus du camion, on nous enferme dans une cellule. Les tra ces d'urine et d'excréments sont encore fraîches sur le sol. C'est le seul cachot réservé aux clandestins. On ne nous donne pas à manger. Nous n'avons droit qu'à une gorgée d'eau toutes les deux heures. » L'immigration clandestine africaine préoccupe et effraie l'Europe. Les hommes politiques en ont fait un point central de leurs programmes électoraux. Les journalistes, les intellectuels et même les artistes se sont également emparés de ce phénomène ; les uns pour décrire, d'autres pour dénoncer, q uelques uns pour tenter de comprendre. Fait surprenant : rares sont les clandestins qui prennent la parole.

  • Nous sommes en 1925 en Allemagne. Martin Heidegger est professeur de philosophie à l'Université de Marbourg. Son étudiante Hannah Arendt est subjuguée par cet homme brillant. Ils deviennent très vite amants. Dans ce pays vaincu les idées nazies gagnent du terrain. Hannah est juive. Elle est effrayée et révoltée par l'ascension de Hitler. Martin croit voir en ce mouvement un renouveau pour l'Allemagne et se compromet un temps avec les nazis. En dépit de ce fossé qui les sépare, les amants se retrouvent régulièrement. Au cours de cinq rencontres entre 1925 et 1950, nous allons suivre l'histoire passionnée et tumultueuse de ces deux génies de la pensée du XXème siècle.

  • Pavots

    Otto Ganz

    Je crois qu'il est sain d'assister la dernière apnée de soi-même . Et l'on ne peut pas ne pas relire.
    (Christian Angelet)

  • « La vie, c'est une longue suite de noeuds imbriqués. Dénouez-en un, les autres se dénoueront aussi. Mon histoire, c'est celle-là. Celle d'un paquet de noeuds à défaire. Je ne sais pas comment mais, si je retrace la chronologie des événements, je trouverai bien un moyen. Demain, après-demain ou le jour d'après, j'espère ne plus me trouver ici. N'importe où sauf dans un grand trou. Demain, c'est peut-être déjà aujourd'hui. Igor et moi, on aurait dû se marier, vous savez. Mes blessures me piquent et me brûlent. Je transpire. Je dégouline. Mon corps se liquéfie tout doucement. Mon esprit aussi. Allongée dans cette cave qui sent le détergent et l'eau sale mélangés. Emballée dans du film plastique comme un vulgaire morceau de viande. » Une histoire d'amour sur fond de kidnapping, qui écorche les dérives consuméristes dans une galerie de personnages doucement décalés.

  • Djalila Dechache donne ici une existence profonde aux instants, aux émotions, aux êtres (sans jamais pour autant faire acte de souvenir ou de sensiblerie). La phrase est juste, parfois lapidaire, elle s'étire en un vocabulaire riche et voluptueux.
    Ce recueil, alors que d'autres emmèneraient un peu de terre natale dans un petit sac ou bien quelques semences à replanter pour transporter avec eux un peu de leur terre de là-bas... au-delà des mers, est surtout un témoin d'heures sombres et difficiles.
    Dans Terre arable, textes pour être lus à haute voix, dits pour soi-même, pour autrui, une parole s'affirme pour la seconde fois sur le papier, des mots qui s'enlacent comme d'élégants calligrammes arabes...

  • Nous trouvons ici une poésie au service de l'engagement, engagement contre la pauvreté, la faim, la corruption et toutes les formes d'injustice qui rongent nos sociétés. Autodafés accorde aussi, dans sa poésie, une place considérable à différents sujets : l'amour, les déceptions sentimentales, les rêves déchus et la nostalgie du natal, les Comores... le paradis perdu.

  • La Joconde noire

    Elvire Maurouard

    Dans ce roman, le sourire de la Joconde noire annonce la vengeance. Jeanne Darfour, dont les origines restent méconnues, doit affronter un négrier noir : Legrand Pisquette. En Haïti, cet homme d'affaires sans scrupules vend les femmes. Il inaugure ainsi « l'Internationale du sexe » en Haïti, dans la première République noire. Sur fond de préjugé de couleur, Elvire Maurouard décrit le combat d'une adolescente haïtienne pour sa dignité. Mais la prose d'Elvire Maurouard, aux accents érotiques, nous emmène également à l'Ile Maurice. De Blue Bay à l'Ile aux Cerfs où l'extase amoureuse d'un certain Christian Baker rythme les danses sonores de belles insulaires. La Joconde noire témoigne de toute la vitalité de la littérature haïtienne du xxie siècle.

  • Don Quichotte est un possible de Sancho Pança comme le valet l'est de son maître. C'est alentour de cette hypothèse carnavalesque que sont écrites les nouvelles de ce recueil. Vingt-huit nouvelles qui, chacune, suscitent leur double où le même épisode est repris mais selon un autre éclairage qui en révèle une face ignorée, une phase antérieure ou une lointaine variation. Ce second tour de piste rappelle qu'entre l'héroïsme et la bouffonnerie la distinction est souvent indécidable, aussi indécise et capricieuse que, en nous, la trame de l'oubli et de la mémoire.
    Cet exercice de dédoublement ose le pari de transgresser le code de la nouvelle, « cet art de la clôture ». Pari tenu : la maîtrise narrative est étonnante et ce, sans jamais donner l'impression d'un exercice oulipien. Il faut dire que les moments ici brossés le sont avec ce mélange de drôlerie et d'amertume qui est la signature de la vraie tendresse, celle qui ne se dupe ni ne condamne.

  • La poésie d'Elvire Maurouard nous invite sur ces îles battues par les influences cosmiques, où résonnent toutes les rumeurs de la terre. La femme poète trouve les mots qui réjouissent, les expressions vivantes, et sa phrase bien construite, coule harmonieuse et rythmée. L'auteur de Jusqu'au bout du vertige s'adresse au citoyen comme à l'individu.

    Avec l'Afrique, les souvenirs affluent, se dressent comme des rochers sur l'horizon, avec douceur ou dureté. Ces Coquillages africains en terre d'Europe cherchent un lieu qui leur permettraient d'habiter une terre, et de ne plus être un perpétuel naufragé en quête d'un port inaccessible. On le sait, Afrikiya fut jadis romaine. Et si la déesse Europe ne renie pas ses ascendants phéniciens, c'est pour nous rappeler qu'une fraternité secrète lie tous les hommes. Désertant les rivages de la guerre, ces coquillages vont effleurer une pierre, celle qui servira à sculpter les contours d'une humanité enfin réconciliée.

  • Début février, il eut une nouvelle conversation à Pau avec Den Yellow. Celui-ci le poussait à radicaliser encore son action. « Certes, disait-il, le Conseil général des Pyrénées-Piémont n'a que peu de pouvoir, mais il doit lancer des symboles marquants à l'adresse du reste du monde. Il doit faire appel aux forces révolutionnaires du monde entier pour qu'elles le soutiennent... Vous vous rendez compte, M. Fulgaran ? Vous allez être le premier homme à soustraire une population européenne à la logique capitaliste. Bientôt ici il n'y aura plus de publicité sur les murs des villes, les gens penseront à autre chose qu'à consommer. Tous les biens seront collectifs, les revenus seront égaux. Le Béarn sera un pays de fraternité, qui dira la vérité sur le reste du monde, et qui sera une source d'espoir pour les plus faibles, notamment pour les peuples du Tiers-Monde... »

    Rédigé avec une plume vive dans un univers désenchanté, La révolution des montagnes mêle habilement l'intrigue politique à des thèmes cruciaux de notre époque : l'identité culturelle, le désir charnel, la féminisation du pouvoir, la manipulation de l'humanité par l'image et la génétique.

  • Ils sont trois : Mama la mère, Macki le père et Farima la fille. Les parents sont restés enfermés dans leur passé et tirent le diable par la queue. Universitaire, la fille connaît une certaine opulence, habitant dans un quartier luxueux de Kambo. Les parents vivent à Djiko, quartier d'une sale réputation où sévit le choléra. Les trois ont en commun de livrer, chacun à sa manière, un combat sans merci contre une société désorganisée et sans repères. Les forces en face s'appellent religion, tradition, mauvaise gouvernance. Mais ce genre de combat est loin d'être gagné, on le sait. Lutter reste-t-il encore possible lorsque l'individu est dépouillé de toute initiative ? Pourtant, ils refusent de faire le dos rond. Entre un délire mémoriel hallucinant et une actualité brûlante, ils n'ont pas d'autre choix que de se serrer les coudes pour résister. Ensemble.

    Le Pont des râles pose le problème de la liberté dans un système totalitaire. Il aborde sans concession les différentes formes d'intégrisme et peint au vitriol une société hésitante, coincée entre appels du mondialisme et repli sur soi.

  • Peau de lait

    Céline Walter

    Peau de lait est écrit d'un seul souffle. Celui d'une gamine qui n'en finit pas de se sauver. Elle se sauve au pas de course jusqu'à l'asphyxie, jusqu'au grand éclat de rire. On cherche avec elle la porte de sortie entre les couteaux tirés d'une mère et un père la tête dans les étoiles. Pour elle, on interroge l'enfance, au dehors, des années fin soixante-dix, quatre-vingt. On tâtonne. Parce qu'on se retrouve finalement face à une multitude de portes qui ont percé ici dans le papier, l'écriture, la poésie. Certaines donnent sur des grimaces qui font rire en douce. Et puis, il y a cette porte devant laquelle il faut se tenir sage parce qu'elle ouvre sur l'impossible. Ce monde, entre rêve, cauchemar et magie, qui voudrait nous faire croire qu'il n'existe pas. Céline Walter n'est pas sage. L'impossible, chez elle, il n'y a que ça de vrai.

  • Artistes

    Malika Madi

    Nicolas et Héléna, ce sont deux destins qui se croisent, deux êtres fragiles qui découvrent la dure réalité de la vie d'artiste à Paris.

    « Les murs de la pièce sont tapissés d'esquisses en noir et blanc. Le trait est fin, le reflet de ce qu'elle est. Derrière son lit, à même le sol, je remarque un tableau que je n'avais pas encore vu. C'est une nature morte. Un vase bleu roi sur fond jaune pâle. Il est simple mais le jaune est si lumineux qu'il éclaire ce coin obscur de la chambre et son visage assoupi. Elle est belle Héléna. Belle dans ce sommeil qui la régénère. Belle comme on peut l'être à vingt ans lorsque la simplicité et la grâce n'ont pas encore cédé à l'amertume et à la désillusion. »

  • Ce recueil est destiné aux grands curieux qui s'adonnent à une chasse sans répit de l'alchimie des âmes et des choses belles... des âmes des choses aussi. On y trouve dans le feutre des velours les vertiges collectionnés aux éclats d'une quête épicée et enivrante.

  • De nos jours, la plupart des jeunes artistes des Comores (les chanteurs notamment) ne s'expriment plus entièrement en comorien. Ils chantent en effet en comorien-français. Il s'agit d'un comorien truffé de mots, de phrases et d'expressions françaises. Ils rejettent de plus en plus volontiers le vocabulaire comorien au profit du français. Pour l'auteur, ce phénomène de mode peut être très dangereux pour le bien-être de la langue comorienne et pour l'authenticité de l'expression orale des arts des Comores.
    Aussi, afin que la diaspora comorienne et les Comoriens eux-mêmes puissent préserver et enrichir leur culture séculaire, Mahamoud M'SAIDIE a jugé indispensable de mettre à la disposition du public un répertoire de plus de 600 proverbes issus de la culture comorienne. Les proverbes sont classés par thème, analysés et traduits en langue comorienne.
    Cet ouvrage sera également d'une grande utilité aux chercheurs en littérature orale comorienne ou plus simplement à tous les curieux de cet archipel fascinant.

  • Les printemps arabes sont à l'origine de bouleversements politiques majeurs qui vont certainement changer cette région qui a échappé pendant de longues années aux révolutions démocratiques. D'importantes ruptures sont en train de prendre forme dans tous les domaines de la vie politique, économique et sociale.
    Le changement a également touché la sphère intellectuelle et le monde des idées qui ont été soumis à la censure et à l'absence des libertés sous le règne des autoritarismes. La réflexion était sous étroite surveillance pour empêcher la créativité, la liberté et l'inventivité de s'exprimer avec liberté.
    Les printemps démocratiques vont mettre fin au long cauchemar des intellectuels et inaugurer une nouvelle ère de liberté. Les intellectuels arabes vont élaborer de nouveaux cadres de pensées pour inscrire la raison arabe dans les débats globaux et offrir de nouveaux fondements philosophiques et politiques pour les démocraties arabes en construction.
    Cet ouvrage se propose de participer à ce nouveau débat qui doit repousser les frontières de la raison arabe afin de questionner les interdits et les tabous et l'ouvrir beaucoup plus sur l'universel de la modernité et des questionnements qui émergent de la marge pour en faire un cosmopolitisme ouvert sur l'expérience de l'Autre.

  • La question de l'amour travaille tous les philosophes, et tous les êtres humains. Frédéric Delorca l'aborde ici à partir d'un récit autobiographique d'une passion vécue en 1999-2000, peu après le bombardement de Belgrade par l'OTAN, avec une jeune artiste serbe. Tirant les conclusions de l'échec de cette idylle, il plaide pour une présence « stoïcienne » au monde, une amitié universelle à la fois intellectuelle et sexuelle, qui ne s'enferme dans aucun exclusivisme.

    À travers ce livre, il instruit aussi le procès du romantisme kitsch qui travaillait jusqu'à très récemment encore tant la culture populaire que les lettres savantes, une étape de notre histoire collective qu'il estime aujourd'hui révolue à l'heure du développement du néodarwinisme et de la diffusion massive de la pornographie.

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