• Chaïm Perelman est considéré comme l'un des plus grands philosophes du droit de ce siècle. Son originalité tient à cette volonté incessante de réhabiliter la vie du droit, qui naît de la controverse, au procès. Perelman renoue ainsi avec le genre judiciaire, que valorisait l'ancienne rhétorique.

    Commencée en 1945, son oeuvre de philosophie juridique se poursuit pendant quarante ans. Elle s'élabore dans de nombreux articles que Perelman réédite dans Justice et raison (1963), Le champ de l'argumentation (1970), Droit, morale et philosophie (1976) et Le raisonnable et le déraisonnable en droit (1984). A partir des grandes classifications de Perelman lui-même, nous avons souhaité offrir aujourd'hui un ouvrage de synthèse qui restitue ses différentes contributions.

    Les thèmes de la justice, des rapports du droit et de la morale sont ainsi abordés dans la première partie. Quant à la seconde, elle porte sur la rationalité juridique nouvelle développée par Perelman, sur ses conséquences pratiques sur le raisonnement juridique et sur les lieux où s'exprime l'argumentation dans le droit.

    Le titre Ethique et droit ouvre à cette double préoccupation perelmanienne de servir la philosophie morale par une réflexion sur le droit et de montrer comment le droit s'ajuste dans la réalité sur les valeurs morales.

  • En 2024 auront lieu les Jeux olympiques et paralympiques de Paris, moment de joie, de paix, dans le respect des hommes et de la planète. Marc Perelman déconstruit cette promesse miraculeuse et décrypte l'idéologie autoritaire et cupide qui la sous-tend.
    La France se prépare à accueillir les Jeux olympiques en 2024. Ce sera un été de fête.
    Et pour qu'il soit réussi, des milliers de travaux ont été engagés, des fonds énormes ont été dédiés. Paris deviendra un parc olympique écoresponsable et les Français seront « tous citoyens du sport ». Même Notre-Dame sera rénovée pour l'occasion.
    Marc Perelman propose à ceux qui sont mal à l'aise avec cette débauche de moyens et d'enthousiasme de ne pas s'arrêter aux effets pervers d'un système devenu gigantesque. Il faut interroger les valeurs qui sont ici à l'oeuvre au-delà des affichages, des valeurs qui sont très dangereuses.
    L'auteur se base sur une lecture approfondie de la charte olympique, des contrats qui lient le CIO à ses partenaires et de nombreux documents officiels, les mettant à l'épreuve des faits de l'organisation de Paris-2024. Non, l'olympisme n'est pas apolitique, n'est pas écologique, ne fait pas oeuvre sociale, n'agit pas pour la santé commune, ne respecte pas les territoires qu'il occupe. Les Jeux n'ont comme horizon que la croissance : plus de licenciés, plus de spectateurs, plus d'argent. Et nous ne sommes pas obligés de leur dérouler le tapis rouge.

  • La rhétorique n'est pas la discipline qui s'occupe essentiellement des figures de rhétorique : celles-ci ne sont plus qu'un outil parmi d'autres pour persuader et convaincre un auditoire. Dans toute sa généralité, elle constitue une théorie de l'argumentation, qui se sert de raisonnements qu'Aristote qualifiait de dialectiques. En ce sens la rhétorique, qui englobe la dialectique des Anciens, est le pendant de la logique formelle, car c'est l'instrument indispensable de toute pensée qui ne se réduit pas à un calcul. Toute délibération, toute discussion, toute controverse, toute présentation d'idées nouvelles qui fait appel à la raison, est obligée d'y recourir. La rhétorique est ainsi l'instrument indispensable de toute pensée et de toute philosophie critique.
    L'étude des techniques d'argumentation, et de leurs présupposés, longtemps négligée par le rationalisme classique, d'inspiration mathématique, est présentée dans ses perspectives historiques et philosophiques.

  • Proliférant sur l'ensemble de la planète, le stade est devenu le plus puissant symbole d'une société mondialisée en proie à la démence financière et à l'aberration technologique. Il se présente comme l'architecture de l'ordre sportif immuable, croisant technologie esthétisée et esthétique high-tech.
    Le stade a rapidement déployé et intégré les technologies numériques, faisant du sport un spectacle total et du stade un spectacle à part entière. Le spectateur rejoint ainsi le téléspectateur en tant qu'ils sont astreints aux mêmes écrans portable ou fixe, petit ou géant, contraints à une visualisation centripète ininterrompue, et soumis à une logique d'attention sinon de dépendance totale à la compétition sportive. Le regard y est arraché à toute possibilité d'une prise de conscience sur le monde.
    Il est hypnotisé, et étourdi par le vertige d'une recherche frénétique d'informations balancées à flux continu.
    Par le biais de nombreux exemples, ce livre analyse le processus de numérisation intégrale du stade devenu une petite ville envahie d'objets connectés et les enjeux sécuritaires qui lui sont consubstantiels. Il montre comment l'immense positivité d'un sport archaïque est sans cesse augmentée par la numérisation du lieu même de sa pratique, achevant de décomposer les sujets dans une réification toujours plus poussée.

  • Rhetoriques

    Chaïm Perelman

    Perelman avait l'habitude de publier régulièrement ses conférences et ses articles en volumes, où se mélangeaient ses différents domaines de prédilection tels, entre autres, le droit ou l'histoire. C'est ainsi qu'ont vu le jour successivement Rhétorique et philosophie (1952), Justice et raison (1963) et Le champ de l'argumentation (1970). Si une telle présentation permet de suivre l'évolution de la pensée, l'inconvénient en est la perte de systématicité.
    Il nous a donc semblé utile de reprendre tous ces recueils et d'en regrouper les textes fondamentaux par grands thèmes. Ce volume-ci des Oeuvres de Perelman concerne la rhétorique, la façon dont il la voyait, son rapport au langage, à la logique et à la connaissance en général. Mais aussi, la place qu'elle occupe dans l'histoire de la philosophie, une place sans cesse déniée et que Perelman s'est efforcé tout au long de sa vie de restaurer, sans oublier d'expliquer ce qui motivait les philosophes depuis Platon à traiter la rhétorique de discipline secondaire ou de dangereuse.

  • Ce Traité se rattache aux préoccupations de la Renaissance et, par-delà, à celles des auteurs grecs et latins qui ont étudié l'art de convaincre et les techniques de la discussion. Il passe largement les bornes de la rhétorique traditionnelle et envisage surtout les textes imprimés et les moyens discursifs d'obtenir l'assentiment.
    Les diverses espèces de discours, leur variation en fonction des disciplines et des auditoires, la manière dont les notions se modifient et s'organisent, l'histoire de ces transformations, les systèmes auxquels a pu donner naissance l'adaptation d'ensembles notionnels à des problèmes de connaissance fournissent ici un terrain de recherches d'une richesse incomparable.
    Les auteurs accordent une particulière importance à l'analyse des argumentations philosophiques, justement parce qu'elles sont censées s'adresser à des lecteurs sur lesquels ont peu de prise la suggestion, la passion ou l'intérêt.
    Parce qu'il décompose les raisonnements présentés aussi bien par les publicistes dans leurs journaux ou les politiciens dans leurs discours, que par les avocats dans leurs plaidoiries, les juges dans leurs attendus, les métaphysiciens dans leurs exposés, ce Traité de l'argumentation s'adresse non seulement aux logiciens et philosophes, mais aussi à tous ceux qui ont pris pour tâche de convaincre, à quelque titre que ce soit.
    Préface de Michel Meyer.

  • " On ne voyage que pour raconter " nous a soufflé Pascal, Blaise, peu joué sur Broadway. On voyage aussi pour oublier, rajoute Perelman, qui connut peu Pascal et aurait aimé être joué à Broadway. Dont acte avec ce Tous à l'ouest ! qui narre par le menu la saga touffue et ébouriffante d'une paire d'entertainers new-yorkais, Hirschfeld et Perelman, partis " globe-trotter " all around ze weurlde pour noyer dans le mouvement l'échec d'une comédie musicale. On ouvre avec un stage survie dans les décors de Hollywood, on embarque à San Francisco, à bord du Marine Flier, direction l'Orient extrême, ses fragrances, son mystère. En attendant la " troublante et insondable Asie ", Perelman se fait plumer aux dés. Ils abordent à Qinhuangdao, sa rade, ses échoppes, Shanghai suit, sa foule, son dollar dévalué, puis Hong Kong pour un rencontre avec Bao Daile déconfit. Le lecteur se retrouvera ensuite à un pique-nique au tapioca avec un potentat malais et à visiter - chaque tronc a son petit nom - une plantation d'hévéas ; à Bangkok, Perelman manque d'acheter un éléphanteau d'appartement : échec. Et pourquoi vous dévoiler les passionnantes péripéties survenues à Penang, Ceylan, Bombay, devant le Taj Mahal, Agra, alors que vous n'avez pas encore pris l'engagement d'offrir le volume à tous vos proches ? J'agirais de même avec l'escapade au Caire, Pompéi, le Negresco, Paris ou Londres. Sachez seulement que Tous à l'ouest résulte d'un mix hautement salubre entre Phileas Fogg et les Marx Brothers, le planning de l'un revu par la capacité de gestion des catastrophes des autres, et Tous à l'ouest définit autant le mental de l'auteur qu'il sert de titre à son livre. Et maintenant : tous en scène !

  • Aux thuriféraires de la « religion athlétique » et du « culte de la performance », voici opposée la têtue réalité des faits.
    Censurées, occultées, refoulées, ces réalités, loin d'être de simples « déviations », « dénaturations » ou « dérives » comme le répètent à l'envi les idéologues sportifs, constituent au contraire la substance même du football-spectacle. Derrière le matraquage footballistique de l'espace public se profilent toujours la guerre en crampons, les haines identitaires et les nationalismes xénophobes. Et derrière les gains, transferts et avantages mirobolants des stars des pelouses, promues « exemples pour la jeunesse », se cachent les salaires de misère, le chômage, l'exclusion, la précarité et l'aliénation culturelle de larges fractions de la population invitées à applaudir les nouveaux mercenaires des stades comme naguère les foules romaines étaient conviées par les tyrans aux combats de gladiateurs. Le football-spectacle n'est donc pas simplement un « jeu collectif », mais une politique d'encadrement pulsionnel des foules, un moyen de contrôle social qui permet la résorption de l'individu dans la masse anonyme, c'est-à-dire le conformisme des automates.

  • A travers l'analyse des projets, réalisations et livres de l'architecte, urbaniste et homme de lettres que fut Le Corbusier, cet essai propose une critique approfondie de la froide vision du monde qu'a générée et tenté de déployer, par une suite ininterrompue d'écrits et de nombreuses réalisations singulières, l'un des hérauts de la modernité.

  • Premier tome de la première anthologie des meilleures nouvelles de S. J. Perelman, L'oeil de l'idole regroupe vingt textes pour l'essentiel inédits où éclate le génie comique du grand humoriste américain. Perelman fait feu de tout bois avec une drôlerie irrésistible qu'il narre ses hilarantes pérégrinations à Hollywood ou en Malaisie, se lance dans des considérations incongrues sur les moustachus ou les collectionneurs d'araignées, s'amuse à parodier les pulps anticommunistes, les tragédies existentielles de Dostoïevski ou les detective stories de Chandler.Comme le dit dans la préface l'un de ses fervents admirateurs : « Il n'existe aucun écrivain comique comparable à S. J. Perelman. C'est aussi simple que ça. Ses écrits dépassent même ceux de Robert Benchley, qui était l'autre véritable grand auteur humoristique et son plus proche concurrent. Aucun écrivain actuel n'égale son sens du comique, sa folie inventive, son talent narratif et l'originalité éblouissante de ses dialogues » (Woody Allen).

  • Le stade, morceau d'antiquité parvenu jusqu'à nous, est aussi la création d'une modernité architecturale douée de capacités technologiques sans cesse renouvelées, grâce entre autres à la télévision et aux puissants moyens visuels (écrans) et sonores (micros) mis en oeuvre dans son enceinte même.
    Ce livre propose une analyse de la production, à travers l'histoire, d'un espace unique, fortement architecturé, inscrit dans la trame urbaine, et qui est souvent devenu un monument à part entière. Avec le développement des grandes compétitions sportives, le stade exerce un tropisme qu'aucun autre édifice n'avait été jusqu'à présent capable d'atteindre. Lors des grandes manifestations sportives, il devient le centre réel de la ville.
    Inséré dans la ville mais coupé d'elle par la barrière que constitue sa forme, refermé sur le seul monde du sport, le stade est la forme architecturale type de la masse "en anneau", qui se fait face par son dispositif même. Dans le stade, le spectacle du corps est poussé au point où architecture et corps ne font plus qu'un.

    Première étude systématique consacrée au stade, qui y est abordé dans une perspective historique, mais aussi en tant que " fait social " et dans son environnement politique.

  • Le but, sinon la visée de cet ouvrage, ressortit à une tentative de mise au jour d'une intelligibilité des rapports sociaux, politiques et idéologiques, historiquement institués entre le corps, l'architecture et la ville. Ce recueil de textes analyse les moments forts, les noyaux durs, les structures pérennes dont ils dépendent plus ou moins directement. Rassembler dans un même livre des textes éloignés les uns des autres par le temps, et au contenu, à la forme et au style parfois très différents a, ici, un sens précis.
    Il s'agit par la réunion physique et articulée de plusieurs textes, que seul le livre autorise, de tenter de montrer une démarche elle-même régulière sinon homogène, personnelle sinon cohérente. Or, précisément, seul le livre a cette faculté d'unifier le dispersé, de synthétiser sans confondre, d'exposer sans exhiber.
    Quelle est la thèse centrale de cet ouvrage ? Au coeur des rapports réels, symboliques ou encore imaginaires établis entre le corps humain et l'espace, qu'il soit construit matériellement (l'architecture) ou peint (les fresques, les tableaux), il est de fait question d'un puissant mouvement dont le corps est à l'origine et auquel la pensée sous le registre spéculatif de l'intuition, de l'anticipation, voire sur le modèle de la construction elle-même, lui est attaché. Ce qui d'emblée explique le vif intérêt, ou mieux cette quasi appétence, pour les expériences perspectives picturales et architecturales de Brunelleschi et pour la peinture architecturée de Giotto qui associent de maintes façons, la peinture et l'architecture : la peinture dans l'architecture, la peinture en tant qu'architecture et l'architecture en tant que peinture, l'architecture peinte. À travers les oeuvres et les projets mis au jour dans cet ouvrage ou encore certains phénomènes sociaux mis en saillie, émerge ainsi une véritable pensée de l'espace qui ne leur est pas extérieure mais qui, au contraire, les a générés, les a fécondés et les a structurés dans toute leur profondeur.

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