Gallimard

  • Dans une ville d'eaux allemande se croisent aristocrates et aventuriers venus de toute l'Europe, dont une famille de Russes désargentés, prise dans des querelles d'héritage, qui espère se refaire grâce à la roulette. Le héros, lui, commence à jouer par amour, pour sauver une jeune fille d'une dette qui l'écrase. Bientôt, il cède au vertige du casino et se perd dans le jeu... Ce roman exprime toute l'obsession morbide du joueur qui, comme le montrera Freud, se punit lui-même d'une irrationnelle culpabilité en jouant et rejouant toujours. Rédigé en même temps que Crime et Châtiment, Le Joueur est une superbe variation sur le vice et la punition.

  • « Quand je vais vers les gens, il me semble que je suis le plus vil de tous, et que tout le monde me prend pour un bouffon ; alors je me dis : "Faisons le bouffon, je ne crains pas votre opinion, car vous êtes tous, jusqu'au dernier, plus vils que moi !" Voilà pourquoi je suis bouffon, par honte, éminent père, par honte. Ce n'est que par timidité que je fais le crâne. Car si j'étais sûr, en entrant, que tous m'accueillent comme un être sympathique et raisonnable, Dieu, que je serais bon ! »

  • «Raskolnikov se mit à trembler de tout son corps comme un homme frappé d'un coup terrible.- Mais... alors... qui... est l'assassin ? balbutia-t-il d'une voix entrecoupée.Porphyre Petrovitch se renversa sur sa chaise, de l'air d'un homme stupéfait par une question abracadabrante.- Comment, qui est l'assassin ? répéta-t-il comme s'il n'en pouvait croire ses oreilles, mais c'est vous.»

  • « Il y a lieu de croire que Rogojine éprouva cette brusque sensation d'épouvante ; venant s'ajouter à tant d'autres émotions, elle l'immobilisa sur place et sauva le prince du coup de couteau qui allait inévitablement s'abattre sur lui. Rogojine n'avait pas eu le temps de se rendre compte de l'attaque qui terrassait son adversaire. Mais, ayant vu celui-ci chanceler et tomber soudainement à la renverse dans l'escalier, la nuque portant contre une marche de pierre, il était descendu quatre à quatre en évitant le corps étendu et s'était enfui de l'hôtel presque comme un fou. »

  • Un jeune homme, rêveur et solitaire, déambule dans les rues de SaintPétersbourg pour tromper son ennui. Croisant une jeune femme en pleurs, il dépasse sa timidité pour l'aborder. Les deux jeunes gens font connaissance et se lient au gré de leurs rencontres, nuit après nuit. Le jeune homme tombe immédiatement sous le charme de la belle Nastienka qui semble voir en lui un simple confident, capable de l'aider à reconquérir l'homme dont elle est éperdument amoureuse. Peut-il malgré tout espérer lui faire oublier son chagrin d'amour ?
      Dostoïevski nous plonge dans la magie des nuits blanches de SaintPétersbourg pour conter l'histoire d' une flamme naissante.

  • « Les deux textes du présent recueil bilingue sont extraits du Journal d'un écrivain de F.M. Dostoïevski. Douce, que l'auteur qualifie de "récit imaginaire", occupe tout le mois de novembre de l'année 1876. Le Songe d'un homme ridicule - "récit fantastique" - constitue le chapitre second d'avril 1877, première partie. Précédé d'un chapitre sur la guerre, suivi d'observations sur un fait divers - l'affaire Kornilova - déjà commenté en octobre et en décembre 1876, il paraît davantage pris dans la trame régulière du Journal mais n'en est pas moins un texte qui se suffit à lui-même. Ces brèves indications donnent d'ailleurs une idée du contenu comme de la composition de ce Journal qui, selon G.
    Aucouturier, inaugure véritablement un genre nouveau. Il ne s'agit pas de carnets intimes, mais d'écrits explicitement destinés à la publication, témoignages, interventions dictées par l'actualité, interpellation du lecteur et aussi, d'après la formule consacrée, laboratoire de l'écrivain où notes, plans, essais voisinent avec des récits. » Michelle-Irène Brudny-de Launay.

  • Crime et châtiment est le premier des cinq grands chefs-d'oeuvre qui rendront Dostoïevski immortel. Il ne l'écrivit qu'en 1865, mais il en avait eu la première idée douze ans plus tôt, alors qu'il était au bagne. Il songeait alors à un roman dans lequel un de ces êtres forts, dont l'existence l'étonnait, qui ignorent les bornes du bien et du mal, écrirait sa confession.
    On sait que Dostoïevski, condamné à mort, fut grâcié et fit quatre ans de bagne. Cette terrible expérience, si elle eut une influence sur toute son oeuvre, n'est jamais aussi manifeste que dans les textes qu'on a réunis dans ce volume. On y trouvera, en effet, outre Crime et châtiment : le Journal de Raskolnikov, Les Carnets de Crime et châtiment et Souvenirs de la Maison des Morts, ouvrage que Tolstoï qualifiait de «plus beau livre de toute la littérature nouvelle, Pouchkine inclus».

  • Dans Les Frères Karamazov, Dostoïevski a donné le résumé de sa carrière et de sa pensée. On y retrouve l'opposition père et fils de L'Adolescent, le duel de l'athéisme et de la sainteté des Possédés, le schéma de L'Idiot, avec le crime à la base et l'entrevue dramatique des deux rivales ; enfin et surtout l'un des frères, Aliocha, est la reprise du prince Mychkine : il s'appelait «l'Idiot» dans Ies brouillons.
    Il semble même que Dostoïevski ait voulu exprimer dans les trois frères les trois aspects de sa personnalité ou les trois étapes de sa vie : Dimitri le schillérien rappelle sa période romantique, terminée aussi par le bagne ; Ivan, les années où il était près de remplacer ' la foi chrétienne par le socialisme athée ; Aliocha, son aboutissement, le retour au peuple russe et à l'orthodoxie.
    Sous quelque angle qu'on les considère, Les Frères Karamazov sont un microcosme aux richesses inépuisables, le chef-d'oeuvre peut-être de Dostoïevski.

  • Le héros de notre récit entra tout hagard dans son logement ; sans quitter ni manteau ni chapeau, il traversa le couloir et, comme frappé de la foudre, s'arrêta sur le seuil de sa chambre.
    L'inconnu était assis devant lui, en manteau et chapeau lui aussi, sur son propre lit, souriant légèrement, et, clignant un peu des yeux, il le saluait amicalement de la tête. m. goliadkine voulut crier mais ne put et il se laissa tomber sur une chaise presque évanoui d'épouvante. et à vrai dire, il y avait de quoi. m. goliadkine avait tout à fait reconnu son nocturne compagnon qui n'était autre que lui-même, m.
    Goliadkine, mais tout à fait identique à lui-même ; en un mot ce qui s'appelle son double sous tous les rapports...

  • Traduit par henri mongault et louise desormonts.

    La maison des morts, c'est le bagne de sibérie où dostoïevski a purgé comme condamné politique une peine de quatre années de travaux forcés et six ans de " service militaire ".
    Mais la maison des morts, c'est aussi le goulag. la russie de dostoïevski est déjà celle de staline, de beria, de vychinski, des grands procès où les accusés rivalisent devant leurs procureurs de contrition et d'aveux. comme l'écrit claude roy, " la russie d'hier et la russie moderne sont exemplaires dans la science du " châtiment "sur deux points essentiels. elles ont poussé plus avant peut-être qu'aucun peuple l'art de donner aux tortionnaires cette paix de l'esprit que procure la bonne conscience.
    Elles ont su simultanément contraindre un nombre important de leurs victimes, non seulement à subir sans révolte les épreuves infligées, mais à donner à leurs tourmenteurs un total acquiescement. "

  • Ce n'est pas seulement sa mère, la générale Stavroguine, ce n'est pas seulement son ancien précepteur, Stépane Trofimovitch, c'est toute la ville qui attend l'arrivée de Nicolas, ce jeune homme séduisant, fascinant, inquiétant.
    Il a vécu dans la capitale, il a parcouru l'Europe ; on raconte sur lui d'étranges choses. Il arrive. De quels démons est-il accompagné ? Avant même la parution du roman en 1873, l'éditeur avait refusé de publier un chapitre jugé choquant, " La confession de Stavroguine ". Afin de mieux préserver l'architecture de l'ensemble, on l'a réintégré ici à la place qui était prévue pour lui au coeur du roman.
    On n'en comprend que mieux à quel point Les Démons est une formidable méditation sur Dieu et le suicide, sur le cabotinage et l'inaccessible authenticité, mais aussi sur le crime et la volonté de domination.

  • « J'ai déjà dit que les blâmables assiduités de la perfide blonde me faisaient honte, me froissaient, me blessaient jusqu'au fond du coeur. Mais il y avait à cela une cause secrète, étrange, sotte, que je dissimulais, qui me faisait trembler comme un avare sur son trésor, et à la seule pensée de laquelle - seul à seul avec ma tête chavirée, caché dans quelque coin bien sombre où ne pouvait atteindre le regard inquisiteur et moqueur d'aucune friponne aux yeux bleus - à la seule pensée de laquelle j'avais le souffle coupé de confusion, de honte et d'effroi... Disons le mot : j'étais amoureux. »

  • Tandis que de sa main gauche blessée il tenait l'assassin, il se mit à chercher, en tâtonnant de la droite, le cordon du rideau : cela dura très longtemps, enfin il le saisit et l'arracha.
    Lui-même fut surpris, plus tard, de l'effort extraordinaire que cela nécessita. durant ces trois minutes, ni l'un ni l'autre ne laissèrent échapper un seul mot. on n'entendait que leur respiration oppressée et le bruit sourd de la lutte. etant enfin parvenu à ligoter les bras de pavel pavlovitch ramenés derrière le dos, veltchaninov le jeta à terre, se dressa, écarta le rideau et leva le store.

  • Persuadé que sa femme le trompe, Ivan Andréiévitch est prêt à tout pour confondre l'infidèle. Il la suit et la guette pendant des heures, il l'espionne et ouvre son courrier à la recherche d'une preuve, il se cache et se ridiculise...
    Une nouvelle légère et burlesque qui révèle l'humour grinçant de Dostoïevski.

  • Humiliés et Offensés fut achevé en revue en 1861. L'Idiot commence en 1868. On mesurera quels progrès, dans l'espace de ces sept années, Dostoievski a accomplis. Rien ne rapproche en apparence ces deux romans ; mais le premier porte déjà en germe tout ce qui fera l apuissance et l'originalité de Dostoïevski. Quant à L'Idiot, c'est selon Pierre Pascal (à qui l'on doit l'introduction de ce volume) «une solution provisoire de Dostoïevski au problème de l'homme bon. D'autres solutions sont en germe, qui se développeront plus tard». Notamment dans Les Frères Karamazov. La pensée de Dostoïevski n'est jamais restée immobile. À l'époque d'Humiliés et Offensés, elle est frappée par l'impuissance des vertus naturelles, des beaux sentiments, des utopies sociales en face du mal. Dans L'Idiot, le romancier revient à l'utopie, mais une utopie chrétienne : le salut ne peut être que dans un Christ présent parmi nous. Le chemin parcouru est immense. En même temps le roman-feuilleton-mélodrame est devenu un roman-tragédie-mystère.

  • Les Pauvres Gens est le premier roman publié par Dostoïevski, celui qui le rendit d'emblée célèbre. Il a raconté comment l'idée lui en était venue : en se promenant un soir d'hiver dans Pétersbourg. Toute la ville lui apparut comme une rêverie fantastique. «C'est alors que m'apparut une autre histoire, dans quelque coin sombre, un coeur de conseiller titulaire, honnête et pur, candide et dévoué à ses chefs, et avec lui, une jeune fille, offensée et triste, et leur émouvante histoire me déchira le coeur.»
    Toute la littérature du XXe siècle est dans la dernière phrase : «Vous savez, je ne sais même plus ce que j'écris, je ne sais plus rien, je ne me relis même pas, je ne me corrige pas. J'écris seulement pour écrire, pour m'entretenir avec vous un peu plus longtemps...»

  • Le premier grand roman (1861) de Dostoïevski, alors âgé de quarante ans, écrit à son retour de Sibérie. Il a eu, depuis sa parution, plus de lecteurs que L'Idiot. Publié en feuilleton, c'est un roman d'aventures sentimental et social à la manière d'Eugène Sue et de Dickens. La société de Saint-Pétersbourg est vue comme par Balzac, les femmes ressemblent à des héroïnes de George Sand. Le romanesque est fortement ancré dans la vie de l'écrivain, qui se fond dans la vie de Saint-Pétersbourg telle qu'il la connaît. Il y explore la misère humaine avec une curiosité passionnée doublée de révolte. Cette ville flottante, brumeuse, est vue par un personnage de rêveur, image de l'auteur. Par-delà, la vision du monde de Dostoïevski est déjà présente : l'humanité est en train de courir à sa perte. C'est cette évolution que le génial romancier montre ici pour la première fois.

  • Les Démons de Dostoïevski, dont certaines éditions françaises ont pour titre Les Possédés, est, selon Pierre Pascal, «le roman le plus dostoïevskien de Dostoïevski, au sens inquiétant du terme».
    Dans l'introduction qu'il a consacrée aux Démons, Pierre Pascal dit encore : «Ce livre s'insère profondément dans la pensée de son auteur. Il reflète l'épouvante de Dostoïevski devant l'avenir de la Russie. Il est plein comme toujours d'actualité et d'autobiographie. Nous pouvons d'autant mieux nous en rendre compte que nous en connaissons parfaitement la genèse grâce aux matériaux conservés dans les Carnets.» On trouvera ces volumineux Carnets à la suite du roman. Le présent volume enfin se clôt par un roman épistolaire de Dostoïevski : Les Pauvres Gens.

  • Une histoire d'amour qui finit mal (les nuits blanches) et, dans le sous-sol, un de ces superbes maniaco-dépressifs comme dostoïevski sut les inventer avant que freud les mît à la mode : " je suis un homme malade...
    Je suis un homme méchant. je suis un homme déplaisant. je crois que j'ai une maladie de foie. d'ailleurs je ne comprends absolument rien à ma maladie et ne sais même pas au juste où j'ai mal. je ne me soigne pas et ne me suis jamais soigné. si je ne me soigne pas, c'est pure méchanceté de ma part. je sais très bien que ce ne sont pas les médecins que j'embête en refusant de me faire soigner. je ne fais de tort qu'à moi-même ; je le comprends mieux que quiconque.
    Et pourtant, c'est bien par méchanceté que je ne me soigne pas. j'ai mal au foie ! tant mieux !!! "

  • L'adolescent

    Fiodor Dostoïevski

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