Bartillat

  • Dans le tome 1er de cette édition intégrale en français de la Correspondance de Fiodor Dostoïevski, les lettres de 1832 à 1864 disaient le chemin des tourments que le romancier parcourut dans ses années d'apprentissage.
    Le tome 2, les années 1865 à 1873, raconte le déploiement de la création romanesque et l'accomplissement de l'écrivain. On y voit Dostoïevski acquérir l'immense stature de romancier russe et universel qui est désormais la sienne. Qu'on en juge: trois chefs-d'oeuvre mondialement reconnus, Crime et châtiment, l'Idiot, les Possédés (ou les Démons) et, entre chacun de ces monuments, les courts romans électriques, le Joueur et l'Eternel Mari ! Aussi, ce volume est-il une mine pour la genèse et l'écriture de l'oeuvre.
    Jamais auparavant l'artiste et le penseur n'ont ouvert aussi grand les portes de leur laboratoire. Jamais l'écrivain ne s'est autant confié, en particulier en ces années 1867 à 1871 où, jeté en Europe par la hantise des créanciers, il vagabonde de ville en ville avec sa jeune femme Anna, travaillant et succombant souvent à sa mortelle passion de la roulette. Aux côtés de l'inlassable créateur, le lecteur découvrira encore l'homme affronté au jeu, à l'exil, à l'Europe.
    Il verra aussi s'affermir un amour et naître une famille. Et, pour la première fois avec les années 1872-1873, il entrera définitivement dans l'inédit qui sera l'apanage du tome 3.

  • Cent dix-sept ans après sa mort, l'ombre immense de dostoïevski domine plus que jamais le roman contemporain, dans ses recherches psychologiques et formelles les plus poussées.
    C'est le moment d'aller aux sources du génie de dostoïevski, de chercher le secret de l'homme et de l'écrivain dans sa correspondance, publiée pour la première fois dans son intégralité en français.
    " dans ce tome 1 (1832 à 1864) les lettres de dostoïevski vont de l'enfant à l'homme fait et à l'écrivain à la veille de donner au monde ses cinq grands romans dont le premier sera crime et châtiment. elles s'ouvrent dans l'espérance des aurores, un projet créateur ambitieux et la volonté énergique d'une carrière littéraire.
    Elles s'achèvent dans un paysage de mort où, au milieu des tombes qui l'entourent, un écrivain meurtri et harassé poursuit obstinément sa tâche de publiciste et de romancier. la courbe est saisissante dans la succession de ses élans, chutes et relèvements. ces trois décennies pourraient être appelées " les années d'apprentissage de dostoïevski". n'a-t-il pas lui-même proposé indirectement cet intitulé en exposant oralement à son frère mikhàïl, à la fin de l'été 1859, un projet de deux romans comparables au wilhelm meister de goethe ? mais le titre serait en deçà du tumulte vécu.
    La vie, qu'il aimait tant, fut une marâtre pour dostoïevski et son chemin fut celui des tourments. a lire cette correspondance, on se demande s'il est un autre écrivain qui soit entré dans la création par un tel portique de flammes et de souffrances ! ".

  • Par ce dernier volume s'achève l'importante publication en français de la correspondance intégrale de Dostoïevski, commencée en 1998, soit 936 lettres (925 d'après la nomenclature de l'Edition académique russe auxquelles s'ajoutent 11 lettres, officielles ou retrouvées).
    Le tome 3, entièrement inédit dans notre langue, raconte les dernières années, de 1874 à 1881, cette époque où la Russie interroge son destin et où la grande voix du prophète Dostoïevski tente d'exorciser ses démons. L'écrivain est au faite de sa gloire, en plein effort. Avec les romans l'Adolescent et les Frères Karamazov, surtout le vibrant Journal d'un écrivain, la correspondance illustre l'étonnant dialogue, ce i1 commerce fraternel des âmes que l'auteur mène non seulement avec ses amis mais aussi avec tous ses lecteurs qui l'assaillent de questions.
    Plus encore que dans les années précédentes, les lettres explicitent l'oeuvre en cours, la nourrissent et, parfois, déjà l'écrivent. La correspondance, ébauche et commentaire du roman, dit aussi l'incroyable magistère de la parole qu'exerça Dostoïevski sur ses auditoires fascinés et, ce que les écrits ne pouvaient avouer, le combat de l'idéaliste radical contre " la prédication des revolvers " terroristes.
    Avec toujours, en contrepoint, la belle saga que fut l'amour de Dostoïevski pour sa chère Anna, sa femme. Intime jusqu'à l'impudeur et la drôlerie, prophétique et fougueuse jusqu'à l'intolérance, toujours sincère, humaine, la correspondance de Dostoïevski découvre au lecteur l'homme nu, véridique, dépouillé des secrets et des légendes, et, proximité troublante, le génie tendu à se rompre, " le voyant de l'esprit " douloureusement hanté par les questions maudites de son siècle et...
    De notre temps. En un mot, elle nous livre la conscience du romancier.

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