• « Deux constatations sont à l'origine du présent essai. La première est que la science sociale de notre temps n'est pas parvenue à élucider la question des conséquences politiques de la croissance économique. La seconde est que ces conséquences sont souvent désastreuses quel que soit le régime (capitaliste, socialiste ou mixte) qui préside à la croissance. C'est sans doute ce deuxième fait qui a été déterminant. » Cette étude, sous-titrée Justifications politiques du capitalisme avant son apogée, est une réflexion à la fois historique, politique, philosophique et économique sur les ressources de la pensée sociale des XVIIe et XVIIIe siècles. Intitulée « Comment, pour combattre les passions, on fera appel aux intérêts », la première partie est une analyse des différents systèmes de la pensée économique. La seconde est consacrée aux auteurs qui, comme Montesquieu et James Steuart, ont le mieux approfondi ces idées clefs. Enfin, ces analyses conduisent l'auteur à une nouvelle manière de concevoir l'esprit du capitalisme et les conditions qui l'ont vu naître, puis à esquisser quelques réflexions sur les leçons que nous pourrions en tirer aujourd'hui.

  • L'alternance régulière entre turbulence et tranquillité sociale est un phénomène observé depuis la révolution industrielle mais rarement analysé. Albert Hirschman propose ici une explication stimulante et originale des intermittences de l'engagement social et politique dans les sociétés développées. Selon lui, les individus passent sans cesse, dans un mouvement cyclique, de phases d'engagement public à des replis vers la sphère privée, chacun de ces mouvements provoquant une satisfaction relative mais aussi une forme spécifique de déception le poussant vers le moment suivant. Cette hypothèse a montré sa fécondité, et permet de mieux comprendre des phénomènes aussi divers que l'intensité et le caractère éphémère des mobilisations politiques et sociales, l'abstention électorale Ce livre, devenu un classique de la sociologie politique, est une contribution fondamentale à l'anthropologie de l'individu démocratique.

  • Avec sa coutumière subtilité, Albert O. Hirschman dresse les contours de l'univers complexe et souvent trompeur du discours par lequel depuis deux siècles on a combattu les réformes politiques et sociales. Il tire ses exemples des penseurs et hommes politiques qui se sont opposés aux idées libérales de la Révolution française et à la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, puis à la démocratisation et au suffrage universel, enfin _ au XXe siècle _ à la création de l'Etat-providence.

    A chaque étape, trois grands arguments sont immanquablement invoqués. En premier lieu, la thèse de l'effet pervers: toute tentative de modifier l'ordre existant produit des effets strictement inverses au but recherché. Ensuite l'inanité: les programmes de changement politique et social sont incapables de modifier le statu quo en quoi que ce soit. La mise en péril enfin: les réformes sont à proscrire parce qu'elles compromettraient des acquis précieux et obtenus à grand-peine. Les trois thématiques se retrouvent dans l'oeuvre d'auteurs aussi divers que Burke, Maistre, Tocqueville, Spencer, Pareto, Le Bon, Stigler, Lampedusa, etc. Surprise! vers la fin du livre, il est démontré comment les " hommes de progrès " usent souvent d'arguments en relation étroite, quoique indirecte, avec ceux de leurs adversaires.

    A l'intention de ceux qui aspirent à l'authentique dialogue qui caractérise une société vraiment démocratique, Albert O. Hirschman dénonce ces deux types de formes de pensée comme autant de mécanismes rendant tout débat impossible. Ce faisant, il offre une contribution inédite aux idées démocratiques. Comme le souligne Stanley Hoffmann, voici un livre " d'une intelligence admirable, original et provocateur, où se retrouvent l'agilité intellectuelle et l'engagement au service des idées de progrès que l'on connaît à Hirschman. [...] Le lecteur éprouve le sentiment de se trouver en présence d'un esprit brillant et d'un auteur au mieux de sa forme ".

    Albert O. Hirschman est professeur émérite en sciences sociales à l'Institute for advanced study de Princeton. Auteur de nombreux ouvrages, il a notamment publié en France Les Passions et les intérêts; Bonheur privé, action publique; Un certain penchant à l'autosubversion et Défection et prise de parole.

  • Ce livre regroupe les leçons données par Albert Hirschmann au Collège de France en 1985.
    L'auteur y développe plusieurs des aspects fondamentaux de sa pensée, à partir de ses thèses hétérodoxes, mais déjà classiques sur le développement économique, jusqu'aux vues, élaborées plus récemment sur les concepts d'intérêts et de passion et sur leur histoire en fonction de l'essor du capitalisme. En reprenant ces thèmes, notamment l'antinomie entre exit (défection) et voice (prise de paroles), l'auteur tient compte des nombreux commentaires et études suscités par son oeuvre aussi bien que de l'évolution de sa propre pensée.
    Il conclut par un plaidoyer en faveur d'une science économique dégagée des postulats excessivement simplistes qui la régissent encore aujourd'hui.

  • Cette étude, sous-titrée Justifications politiques du capitalisme avant son apogée, est une réflexion à la fois historique, politique, philosophique et économique sur les ressources de la pensée sociale des XVIIe et XVIIIe siècles. La première partie est une analyse des différents systèmes de la pensée économique. La deuxième partie est consacrée aux auteurs qui, comme Montesquieu et James Steuart, ont le mieux approfondi ces idées clefs. Enfin ces analyses conduisent l'auteur à une nouvelle manière de concevoir l'esprit du capitalisme et les conditions qui l'ont vu naître, à esquisser quelques réflexions sur les leçons que nous pourrions en tirer aujourd'hui.
    Albert O. Hirschman a été professeur d'économie à l'Université de Princeton. Ouvrage traduit de l'anglais par Pierre Andler.

  • J'aimerais inviter à surmonter la résistance normale à l'autosubversion, et même proclamer haut et fort que se livrer à cette activité est chose vertueuse et séduisante.

    " Pour commencer, je crois que ce que j'appelle l'autosubversion peut contribuer à nourrir une culture plus démocratique où, non contents d'avoir le droit de professer des opinions et des convictions personnelles, les citoyens sont prêts à les remettre en question à la lumière d'arguments et d'éléments inédits.

    " De surcroît, tout comme Bachelard disait du mouvement freudien que c'était " une activité normale, une activité nouvelle, mieux une activité joyeuse ", se livrer à l'autosubversion peut être effectivement une activité positive et agréable. Lorsque je tombe sur une situation sociale où la défection stimule la prise de parole au lieu de l'affaiblir, ainsi que je l'avais longtemps pensé, je puis bien connaître un moment de perplexité et d'inquiétude à l'idée que ma théorie de la défection et de la prise de parole a été " falsifiée ". Mais passé cet instant, je me sens plus vivant puisque désormais j'ai de nouvelles relations, de nouvelles complexités à explorer. Wittgenstein, dit-on, confia un jour qu'" il ne pouvait se sentir réellement actif que lorsqu'il changeait de position philosophique pour élaborer autre chose ". A un moment ou à un autre de notre vie, l'autosubversion peut être en effet le moyen par excellence de se renouveler. " Albert O. HIRSCHMAN Albert O. Hirschman est professeur émérite en sciences sociales à l'Institute for advanced study de Princeton. Auteur de nombreux ouvrages, il a notamment publié en France Les Passions et les intérêts; Bonheur privé, action publique; Deux siècles de rhétorique réactionnaire et Défection et prise de parole.

  • La pensée économique et la philosophie politique envisagent plus volontiers le développement que le déclin. Albert O. Hirschman, à qui l'on doit d'importantes contributions sur la croissance, conteste cette simplification et introduit la considération du déclin dans l'analyse économique elle-même.

    Sa pensée s'organise autour des deux moyens dont dispose le public pour exprimer son mécontentement: la défection, c'est-à-dire la fuite de la clientèle s'il s'agit d'une entreprise ou de la démission dans le cas d'une institution, et la prise de parole, c'est-à-dire une action menée de l'intérieur par ces mêmes parties. L'ouvrage est consacré à l'examen de ces deux voies et à leur interaction.

    Rapidement, la réflexion de l'économiste s'élargit, car ce double mécanisme s'applique également aux institutions les plus variées: groupes spontanés, associations volontaires, partis politiques, administration, mariage, etc. Ce thème est devenu pour lui une façon d'analyser certains processus économiques qui semblaient devoir éclairer tout un ensemble de phénomènes sociaux, politiques et même moraux.

    Un quart de siècle après la rédaction de cet ouvrage, le modèle d'Albert O. Hirschman a conservé toute sa force opératoire: il s'applique par exemple admirablement, quoique d'une façon particulière, aux comportements des habitants de la RDA avant et après la chute du Mur.

    Albert O. Hirschman est professeur émérite en sciences sociales à l'Institute for advanced study de Princeton. Auteur de nombreux ouvrages, il a notamment publié en France Les Passions et les intérêts; Bonheur privé, action publique; Deux siècles de rhétorique réactionnaire et Un certain penchant à l'autosubversion.

  • This volume brings together select texts representative of the full range of intellectual output of one of the greatest and most eclectic economists of our time, Albert O. Hirschman. Covering a time span of over forty years, they recall his most prominent books and include many additional themes taken from essays of wide-ranging origin and content. The title How Economics Should Be Complicated has the dual sense of an endpoint and a central and recurrent theme in the author's experience, which unfolds in his critical-but constructive-relationship with economic theory, his openness to other social sciences and his democratic and "possibilist" political inspiration. This stands as the basis of an important lesson in intellectual rebirth.

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