Agnès Sinaï

  • Walter Benjamin se situe à la confluence de plusieurs courants, du romantisme révolutionnaire, du matérialisme historique et de la théologie juive, sans se revendiquer pour autant d'aucune chapelle. Il va audelà de la critique marxiste du capitalisme industriel, y compris celle de ses amis de l'école de Francfort comme Horkheimer ou Adorno. Sa sensibilité, singulière et marginale, le pousse plutôt à percer le rapport au temps, à la mémoire et à l'histoire que déclenchent la technique et la reproduction sériée des objets et des images, annonçant le déferlement productiviste contemporain et la société du spectacle. Dans la première guerre mondiale, Benjamin perçoit le saut anthropologique du basculement du monde vers des techniques de violence de masse. Il décrit la guerre comme une discontinuité inédite de l'histoire, imbriquée dans un progrès technique qui efface les traces et l'unicité. Il y verrait peut-être aussi, aujourd'hui, le seuil de ce que l'on appelle désormais l'anthropocène : « Les hommes en tant qu'espèce sont parvenus depuis des millénaires au terme de leur évolution. Mais l'humanité en tant qu'espèce est encore au début de la sienne ».
    Benjamin a dénoncé l'« effroyable déploiement de la technique » qui plonge les hommes dans une « pauvreté tout à fait nouvelle » qui engendre « une nouvelle espèce de barbarie ». Il fonde toute forme d'émancipation sur la capacité de se détacher de la grande accélération et de visualiser le caractère entropique de la société industrielle. Pour lui, la révolution sera « l'acte par lequel l'humanité qui voyage dans le train tire les freins d'urgence ».

  • Depuis les débuts de l'époque industrielle, il y a deux cents ans, les activités humaines ont profondément modifié les cycles de la nature, d'où le terme d'Anthropocène pour qualifier la période contemporaine.

    Alors que les stocks de combustible s'épuisent, la dissipation exubérante d'énergie liée aux économies fondées sur la croissance touche à sa fin. Quelles en seront les répercussions politiques, économiques et sociales sur un système fondé sur une soif sans limites de ressources naturelles ?

    Ère d'accélération, l'Anthropocène brille de ses derniers feux. Le XXIe siècle sera celui de la " descente énergétique". Face à cette rupture profonde dans l'histoire des temps, adopter un autre modèle que le productivisme s'impose d'urgence.

  • À l'occasion des vingt ans d'Eau de Paris, cet ouvrage illustré propose un voyage sur la route de l'eau, parcours topographique et temporel, de l'amont à l'aval, des espcaces de captage au coeur de Paris. Bien que l'eau s'écoule en abondance chaque jour et à chaque minute à notre robinet, son approvisionnement est un processus long et délicat. Ce sont ces étapes de production d'eau potable, mécaniques ou hautement technologiques, que ce livre propose de faire découvrir. Cet ouvrage s'efforce de restituer le travail quotidien et méconnu des « veilleurs de l'eau », ces hommes et femmes qui forment la chaîne de l'eau, de l'aqueduc au robinet. Il tente de tramer des liens entre les différentes compétences et métiers - garde-rivièvre, gardien de source, fontainier, laborantine. Le parcours retrace le tour de force insoupçonné qui consiste à acheminer chaque jour l'équivalent en volume d'eau d'une fois et demie la Tour Montparnasse. Les photographies de Nouara Scalabre permettent de visualiser les sources, les rivières et les aqueducs, les trajets souterrains de l'eau, les gouffres, les lieux-dits, les spécificités géologiques, les bassins versants. Ils accompagnent le grand récit de l'eau proposé par Agnès Sinaï, un texte tout à la fois poétique et richement documenté, émaillé d'anecdotes, de récits et de témoignages personnels.

    Lauréate des pépinières européennes pour jeunes artistes en 2001, Nouara Scalabre est photographe. Elle a effectué de longs séjours à l' étranger, notamment en Palestine et au Mali. Sa production artistique est à la fois un témoignage et un point de vue porté sur le monde. Elle a exposé au Luxembourg, en Belgique, en Autriche, ainsi qu'en France, à l'association Image/imatge ou au salon d'art contemporain de Montrouge. Un catalogue est publié aux éditions Au Figuré (texte d'Estelle Pagès).

    Auteure et documentariste, Agnès Sinaï se préoccupe de la crise écologique planétaire, dont elle rend compte périodiquement dans Le Monde diplomatique, dans un essai, Sauver la Terre, co-écrit avec Yves Cochet (Fayard, 2003) et par une série télévisée sur le changement climatique, diffusée sur Arte en mars 2006. Elle enseigne à l'Institut d'études politiques de Paris et de Lille.

  • Politiques de l'anthropocene Nouv.

  • Pour convertir les vertueux principes de frugalité et de basses technologies en programme politique, économique et social cohérent, il faudra s'assurer de répondre à la question majeure de l'emploi, et se forger une double conviction. Celle qu'une société de décroissance peut, à terme, être une société de plein emploi, harmonieuse et équilibrée, contrairement à la société de croissance qui est, par nature, en adaptation et déséquilibre permanents. Cette société de décroissance verra partir et disparaître sans regrets les activités inutiles, nuisibles, polluantes. Elle créera d'autres manières de faire.

    Troisième tome d'une trilogie consacrée à la décroissance, cet ouvrage se propose, de la permaculture aux systèmes de santé résilients en passant par les modes de gouvernances rendant possibles les expérimentations locales, de présenter la façon dont une économie de la sobriété peut être politiquement et institutionnellement mise en oeuvre.

  • Il n'est plus possible de penser que la situation actuelle de la planète et celle des humains qui l'habitent, décrite partout comme inquiétante, n'est qu'une péripétie banale de l'histoire. L'humanité intervient désormais de façon majeure sur sa nature propre, sur son évolution et sur l'ensemble de la biosphère. Cette situation interroge la recherche scientifique et technique, à la fois élément de diagnostic, de solutions et de problèmes. Pour autant, les acteurs de la technoscience n'ont aucune légitimité à définir seuls les programmes. Pourquoi autant d'investissements pour les plantes transgéniques et aussi peu sur les méthodes culturales écologiques ? Pourquoi les thérapies géniques et pas plus de recherches sur les maladies contagieuses des pays du Sud, sur la santé environnementale et l´impact des nouvelles molécules chimiques, ou sur les résistances bactériennes ? Pourquoi de nouvelles machines nucléaires et pas plus de recherches sur la relocalisation de l'économie ? Ce que sera le monde dépend de ce qui se passe aujourd'hui, mais aussi demain, dans les laboratoires. C'est pourquoi les orientations scientifiques comme les développements technologiques ne peuvent plus être laissés entre les mains de quelques spécialistes, ni pilotés par les seuls désirs de profit ou de puissance. L'heure est à une mobilisation des consciences et à l´assemblage des savoirs disséminés dans la société, pour un dialogue renouvelé entre chercheurs scientifiques et citoyens chercheurs d'avenir.

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