Littérature traduite

  • Une partie de la littérature sociologique admet que les groupes comme les personnes sont dotés de volonté, de conscience et cherchent à promouvoir leurs intérêts, entrent en conflit, ont des stratégies bien définies. Selon Olson, c'est se rendre la vie trop facile que de supposer la logique de l'action collective réductible à la logique de l'action individuelle. La proposition impertinente qu'il cherche à promouvoir est qu'un groupe inorganisé de personnes ayant un intérêt commun, conscientes de cet intérêt et ayant des moyens de le réaliser ne fera dans des conditions générales rien pour le promouvoir.
    La communauté d'intérêt ne suffit pas à provoquer, contrairement à ce qu'affirme Marx, l'action commune permettant de promouvoir l'intérêt de tous. En dehors de ses possibilités d'application et de l'interprétation nouvelle qu'elle offre de nombreux phénomènes sociaux et politiques (syndicats, partis politiques, groupes de pression...), la théorie d'Oison ouvre une voie à la réinterprétation d'auteurs classiques comme Rousseau, Marx et Durkheim.

  • La pensée économique et la philosophie politique envisagent plus volontiers le développement que le déclin. Albert O. Hirschman, à qui l'on doit d'importantes contributions sur la croissance, conteste cette simplification et introduit la considération du déclin dans l'analyse économique elle-même.

    Sa pensée s'organise autour des deux moyens dont dispose le public pour exprimer son mécontentement : la défection (exit), c'est-à-dire la fuite de la clientèle s'il s'agit d'une entreprise ou la démission dans le cas d'une institution, et la prise de parole (voice), c'est-à-dire une action menée de l'intérieur par ces mêmes parties. L'ouvrage est consacré à l'examen de ces deux voies et à leur interaction.

    Rapidement, la réflexion de l'économiste s'élargit, car ce double mécanisme s'applique également aux institutions les plus variées : groupes spontanés, associations volontaires, partis politiques, administration, mariage, etc. Ce thème est devenu pour lui une façon d'analyser certains processus économiques qui semblaient devoir éclairer tout un ensemble de phénomènes sociaux, politiques et même moraux.

    Quarante ans après la rédaction de cet ouvrage, le modèle d'Albert O. Hirschman a conservé toute sa force opératoire : il s'applique par exemple admirablement, quoique d'une façon particulière, aux comportements des habitants de la RDA avant et après la chute du Mur.

  • Depuis la naissance des sciences humaines et sociales, les débats épistémologiques font rage sur la façon de penser les relations cognitives aux phénomènes sociaux et culturels.
    Si les grandes oppositions sont depuis longtemps tracées - entre dualisme et monisme, réductionnisme naturaliste ou herméneutique -, les discussions engagées aux intersections de ces positions ont largement contribué à nourrir les suites d'une controverse désormais classique. S'y révèlent des enjeux théoriques majeurs situés au coeur des développements contemporains de la philosophie de l'esprit, de la théorie de l'action, de la philosophie morale et de la philosophie des sciences.
    Outre les questions méthodologiques, et les tensions cardinales entre faits et valeurs, connaissances et intérêts, causes et raisons, déterminisme et volonté, c'est bien dés l'origine que cette controverse engage dans son sillage les paradoxes de la philosophie pratique. Avec elle surgissent les questions ontologiques classiques, invitant à poursuivre dans le même temps la réflexion sur la construction du savoir et sur ce que nous pouvons légitimement espérer connaître.
    Au-delà des écoles, ce volume réunit des textes portant sur différents moments, enjeux ou figures de la controverse. II en résulte une compréhension approfondie et plurielle des apports comme des malentendus qui la ponctuent.

empty