Universite De Bruxelles

  • Anthropologues et historiens ont souvent souligné combien le régime alimentaire constitue un marqueur fondamental de chaque groupe humain. L'identité culturelle vient se greffer sur le binôme religion-alimentation, en établissant une correspondance entre la manière de s'alimenter et la manière de prier, qui font partie des éléments permettant de caractériser une culture déterminée vis-à-vis des autres. La distinction alimentaire permet de reconnaître l'appartenance d'un individu à un groupe, puisque son identité se construit - entre autres facteurs - sur la base des choix alimentaires et du culte professé aux êtres surnaturels. Ce volume étudie des pratiques comme le jeûne, la pénitence ou l'interdit alimentaire, en les plaçant dans la perspective de la distinction alimentaire. Autrement dit, il analyse comment tous ces phénomènes deviennent des marqueurs identitaires qui permettent de reconnaître une pratique religieuse. Distinguer c'est avant tout opérer une séparation entre les membres d'une communauté et le reste du « monde ». L'adoption de normes déterminées contribue à construire une identité religieuse distincte par rapport aux personnes qui ne suivent pas les mêmes règles. Cela dit, les techniques de préparation, le choix des aliments et des ingrédients, tout comme les modes de consommation adoptés représentent un champ d'action privilégié pour observer ce phénomène. Cet ouvrage collectif, par une méthodologie multidisciplinaire, diachronique et comparative, entend ainsi montrer comment la distinction alimentaire permet de mieux comprendre le fonctionnement d'un système religieux.

  • En remontant le cours de l'histoire du droit international jusqu'à la Première Guerre mondiale, l'auteure examine l'évolution des décisions prises en matière de répression des crimes de guerre, d'abord par les Alliés, puis par le gouvernement et le Parlement belge après la Deuxième Guerre mondiale.
    Les procès belges d'après-guerre menés contre les criminels de guerre allemands ont été perçus comme un échec. Le bilan de ces procès n'a pas répondu aux ambitions annoncées pourtant dès 1942 par le gouvernement en exil à Londres. L'idée qui s'est largement répandue est celle d'une justice qui n'aurait pas bien fait son travail et de magistrats qui se seraient montrés indifférents, voire insensibles, au sort infligé par l'occupant allemand aux Juifs de Belgique.
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    La découverte d'archives judiciaires et l'analyse minutieuse du procès d'Otto Siegburg donnent une autre image de la justice belge. Ce chasseur de Juifs, qui a agi avec une brutalité et un acharnement inouïs, a été condamné pour crime contre l'humanité par le Conseil de guerre de Bruxelles dans un procès à rebondissements qui n'a pourtant pas fait jurisprudence. Par son analyse, Marie-Anne Weisers montre qu'il y a eu, au contraire, une volonté réelle de sanctionner les auteurs des crimes commis contre les Juifs.
    En remontant le cours de l'histoire du droit international jusqu'à la Première Guerre mondiale, l'auteure examine l'évolution des décisions prises en matière de répression des crimes de guerre, d'abord par les Alliés, puis par le gouvernement et le Parlement belge après la Deuxième Guerre mondiale. Ces décisions politiques et juridiques ont par la suite placé les magistrats belges devant des situations insolubles. Le livre dévoile comment les membres de l'auditorat général se sont battus pour contourner les immenses difficultés auxquelles ils ont été confrontés et comment ils ont tenté de poursuivre les criminels de guerre allemands à la hauteur de la gravité des crimes commis.

  • Ces dernières années, en Europe, dans le monde musulman, mais aussi en Afrique subsaharienne, les discours visant le pouvoir supposé des francs-maçons et leurs présumées collusions ont à nouveau fleuri. Ces discours s'en prennent au rôle politique ou économique que joueraient la franc-maçonnerie ou les francs-maçons, mais s'inscrivent aussi dans une parole plus large qui vise à dénoncer une conspiration mondiale, voire un principe maléfique transhistorique - mettant à jour des topoi de la rhétorique antimaçonnique classique. Cela s'inscrit dans des sociétés où la dialectique du secret et de la transparence est omniprésente, et où la franc-maçonnerie est perçue comme l'expression par excellence d'une supposée culture du secret.
    S'entremêlent ainsi un antimaçonnisme catholique traditionnel, tantôt politique, tantôt religieux et diabolisateur, qui s'exprime aujourd'hui davantage en Afrique subsaharienne et en Amérique latine qu'en Europe, mais qui sur le vieux continent perpétue le fonds de commerce idéologique de milieux intégristes chrétiens ; un antimaçonnisme politique, porté par des courants populistes ou nationalistes, qui s'évertue à traquer les francs-maçons comme favorisant une domination étrangère (politique, financière) - c'est le cas en Italie et dans plusieurs pays d'Europe centrale, orientale et balkanique ; un antimaçonnisme islamique radical qui puise à l'antisémitisme et à l'antisionisme des différents courants qui le composent ; un antimaçonnismecomplotiste enfin, qui s'abreuve au succès des théories conspirationnistes en vogue et se propage viralement sur Internet.
    Les actualisations de la rhétorique antimaçonnique comme les usages idéologiques qui en sont faits paraissaient dès lors devoir être réinterrogés, vingt-cinq ans après un premier volume consacré aux courants antimaçonniques dans la collection « Problèmes d'Histoire des Religions » (IV/1993). C'est la triple ambition du présent ouvrage : dresser un état des lieux de l'antimaçonnerie aujourd'hui, et de ses évolutions récentes ; analyser à la fois les accents nouveaux et les reformulations de condamnations anciennes ; examiner des situations peu mises en avant dans la littérature jusqu'ici, telles les formes de l'antimaçonnisme dans les courants émergents du christianisme contemporain ou de l'islam.

  • Ce volume des Problèmes d'histoire des religions est dédié au Professeur Alain Dierkens, médiéviste spécialisé dans l'étude du religieux et directeur de la collection de 1991 à 2012. À la fois historien, historien de l'art et archéologue, Alain Dierkens a laissé une marque indélébile sur plusieurs générations d'étudiants. Par ses cours très vivants, il leur a fait découvrir et aimer le Moyen Âge autrement. Il a aussi noué des liens profonds et durables avec de nombreux chercheurs, de son domaine et d'autres disciplines à l'Université libre de Bruxelles et dans d'autres universités belges, mais également en France, en Allemagne, en Italie et dans beaucoup d'autres pays européens.
    Des saints et des martyrs n'est pas un liber amicorum traditionnel. Loin de viser l'exhaustivité au détriment de la cohérence, il propose des points de vue à la fois différents et complémentaires sur un ensemble de thèmes qui traversent la bibliographie d'Alain Dierkens. Des collègues de Bruxelles et d'ailleurs y reprennent des thèmes chers à ce dernier, pour les décliner dans des travaux inédits et originaux. Ce volume s'inscrit pleinement dans le sillage de la collection qui aborde le fait religieux dans une perspective à la fois diachronique et comparatiste. Les différentes contributions dépassent dès lors le cadre strict du Moyen Âge pour se pencher sur les périodes allant de l'Antiquité tardive à l'époque contemporaine.

  • Il y a un peu plus de cinquante ans, le 8 décembre 1965, le pape Paul VI promulguait la constitution pastorale Gaudium et Spes. Ce document majeur du concile Vatican II, qui évoque largement la dignité du mariage et de la famille et insiste sur la place primordiale de l'amour conjugal, mettait fin à la doctrine nataliste absolue d'autrefois. Toutefois, moins de trois ans plus tard, l'encyclique Humanae Vitae vint réaffirmer la doctrine traditionnelle de l'Eglise en ce qui concerne la prohibition de la contraception artificielle.
    Ces documents sont le fruit de débat houleux au sein de l'Eglise, autour de thèmes qui remontent aux origines du christianisme, telles la primauté du célibat ou du mariage, la fonction déterminante de la famille ou la liberté de l'individu, ou encore la relation comme concupiscence ou acte de filiation. Les contributions réunies dans ce volume placent ces tensions dans leur perspective historique et reconstituent l'évolution des positions de l'Eglise à propos du couple et de la famille depuis les origines jusqu'à nos jours, à travers l'étude de moments charnières et de documents-clés, et par l'observation des acteurs tant des processus d'élaboration des normes que, parfois, des mouvements de contestation de celles-ci.

  • Quels que soient le lieu ou la civilisation que l'on explore, des relations profondes entre religion et art se décèlent.
    L'art traduit volontiers les aspects des fonctions religieuses, soit dans le cadre organisé d'un rituel, soit plus spontanément, dans l'expression de la foi personnelle ou collective. Les religions font appel aux artistes pour rendre apparent et intelligible l'invisible mais se heurtent souvent à eux en leur imposant des formes. Mais si bien des civilisations ont fait l'objet d'études fouillées sur la manière dont elles articulaient l'art et la religion, force est de constater que très peu de chercheurs se sont attelés à une vue transversale de ces notions.
    Cet ouvrage s'inscrit dès lors dans une perspective comparative ayant pour but de souligner les diachronies et les spécificités religieuses.

  • La question de l'identité des écrivains catholiques francophones a longtemps été envisagée sous l'angle d'un engagement personnel unissant foi et littérature. Un parcours diachronique et interdisciplinaire original permet d'analyser leurs trajectoires institutionnelles en les inscrivant dans leur contexte historique et esthétique, en les resituant aussi dans le maillage social des réseaux littéraires.
    Entre les contraintes qui découlent du magistère de l'Eglise et celles de l'art, il s'agit d'éclairer l'évolution d'une image de soi que les écrivains déclinent au gré de stratégies multiples. Cette question ne concerne pas seulement la reproduction et la réception d'oeuvres pensées au coeur de l'institution ecclésiastique, en ses marges ou à sa périphérie, mais interroge, avec une actualité criante, les processus de construction des identités collectives. Elle remet en perspective la figure de l'écrivain aux prises avec les identités fluctuantes du croyant, du clerc ou du laïc qui tous tentent de conférer le prestige du sacerdoce à la mission sociale de l'artiste.

  • L'image, avant de représenter, de signifier, agit et fait agir. La performance des images, dont ce livre entreprend l'exploration, est à comprendre d'abord comme l'évaluation de leur efficacité : quels sont les effets des images ? C'est ensuite leur agentivité : en quelle manière les images sont-elles des êtres vivants ? C'est aussi leur performativité : comme il y a des actes de parole, il y a des actes d'image dont les modalités peuvent être détaillées. Enfin, c'est leur puissance : que peut une image, dont un texte, par exemple, serait incapable ? L'image chrétienne tient ici une place à part car, loin d'être une simple ' Bible des illettrés ' soumise au règne du texte, elle imprègne tous les aspects de la vie et de la pensée des sociétés chrétiennes, depuis leurs fondements théologiques et anthropologiques - Dieu créa l'homme à son image ; le Fils est l'image du Père - jusqu'aux utilisations les plus diverses des objets visuels. Mais en Occident ce n'est pas seulement au Moyen Age que les images sont actives : ce livre est aussi consacré aux nouvelles formes de performances visuelles qui sont apparues avec la Renaissance ou la société mass-médiatique.

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