Espaces 34

  • Ce groupe qui arrive, comment l'identifier ? On peut prélever une personne du groupe et la regarder de près. Qui serait volontaire pour tester notre prototype d'identification ? Regarder suffit-il ? Que faire des groupes dont on ne veut pas ?
    Où flottent les continents si les images ne rentrent pas dans l'écran ?
    En cherchant à faire entrer numériquement des personnes qui arrivent sur l'eau et veulent passer une porte, une équipe technique est rattrapée par la réalité : une géographie humaine entêtée, imprévisible, joueuse, amoureuse, insubmersible. Qui parle de notre contemporanéité dans la langue singulière, rythmée, poétique, chahutée de Claire Rengade.

  • Frisson

    Magali Mougel

    Anis s'est construit un cocon douillet entre ses parents, sa maison, sa chambre et ses jouets. Jusqu'à ce qu'une ombre effrayante se glisse dans ce tableau parfait : l'arrivée prochaine d'un frère ou d'une soeur dans la famille.
    Partager son terrain de jeu avec un bébé fait surgir beaucoup de questions. Et lorsqu'il découvre que son frère a le même âge que lui, les interrogations d'Anis se multiplient. Est-ce que cela signifie que l'on doit tout couper en deux ?
    Sa chambre, ses jouets, l'amour des parents ? C'est sans compter que de 3 (Maman, Monette et Anis) passer à 4 peut aussi permettre aux 2 jeunes garçons de se lier d'amitié.
    Un texte plein de tendresse sur la peur de l'autre, la découverte de l'inconnu, sur les bouleversements liés à l'accueil d'un nouvel enfant dans une fratrie dont l'amour et la vie sont le moteur.

  • Stonewall est le récit d'une résistance politique.
    Ce poème dramatique mêle histoire intime, à travers l'aventure amoureuse d'un couple et la relation à une figure paternelle, et histoire politique en revenant sur des évènements emblématiques du militantisme et des mouvements contre l'homophobie, depuis les émeutes de Stonewall en 1969 jusqu'à l'attentat à la discothèque Le Pulse à Orlando en 2016.
    Jouant sur l'intrication des époques et la variété des formes d'écriture, ce texte interroge de manière sensible la question de l'engagement militant et celle de l'acceptation ou du rejet de la différence. Il célèbre aussi le sentiment amoureux dans l'expression de sa puissance, même s'il est parfois source de manque et devient objet de deuil.
    Quant à la figure de Madonna, qui ponctue le poème, elle apparaît comme un personnage féminin subversif, ouvrant sur la liberté.

  • Deux jeunes filles, encore au lycée, sont les « meilleures amies ». L'une ne pense qu'aux garçons, l'autre non.
    La première tombe amoureuse d'un musicien anglais avec lequel elle communique sur les réseaux sociaux, la seconde la conseille. Elles se parlent, elles soliloquent, elles rêvent, elles se piègent dans leurs propres sentiments, leurs aspirations, leurs propres troubles.

    L'amour se nourrit de déclarations. Le désir, le manque, l'attente sont exaltés par les mots. Et les réseaux sociaux les véhiculent si facilement, si rapidement. La tentation est grande de jouer avec, de se laisser aller à la manipulation. Mais n'est-ce pas un piège terrible que l'on fabrique à soi-même ?

  • La pièce se déroule dans une maison de famille à trois périodes (1913, 1968, aujourd'hui) mais en même temps. Ce sont les interactions entre les événements et les époques qui tissent l'action de ces trois générations, racontées en parallèle et en simultané.
    Les destins de trois couples se font écho à travers leurs blessures, leur incapacité à vivre, leur culpabilité. Les mensonges des uns se répercutent sur ceux des autres et, comme dans un choeur polyphonique, chacun exprime son désarroi.
    Les répliques se croisent pour façonner un thriller psychologique où chacun donne progressivement à entendre sa propre version de la réalité.
    Comme dans tous les textes de Rasmus Lindberg, le temps et la question existentielle sont au coeur du processus d'écriture. Ici, la pièce pose une question essentielle : Qu'est-ce qui détermine et influence un individu ? De quoi est faite cette mémoire, consciente ou inconsciente, qui se transmet de génération en génération ? Quelle part prend-elle dans la constitution de notre individualité ?

  • Dans un hôpital pour enfants, Mélie, venue pour un grain de beauté qui a mal tourné, rencontre Shahara, jeune fille affublée d'un très mauvais caractère et d'une étrange tenue de cosmonaute... Atteinte d'une maladie génétique rare, la maladie des enfants de la lune, elle doit se protéger, sans relâche, des ultra-violets.
    La vie à l'hôpital est longue et pesante. Pour conjurer le sort, Shahara et Mélie décident d'investir le placard à balais et à médicaments de leur imagination : celui-ci devient la base de lancement de la prochaine mission Apollo. Commence alors une épopée pour aller rendre visite à la lune.
    Par une langue imagée, incisive, directe, parfois crue, Caroline Stella nous plonge dans le pouvoir salvateur des rêves et des jeux face à l'incertitude du quotidien. Ce texte, plein d'espoir dans le progrès, où l'amitié donne force, s'ouvre sur la beauté d'un monde nouveau qui déjoue le temps et l'espace.

  • Au bord Nouv.

    Des images. Publiques et intimes. La photographie d'une soldate américaine tenant en laisse un prisonnier dans la rison d'Abu Ghraib. Le ventre d'une mère. Les mots doux et cruels d'une femme aimée.

    1 autre édition :

  • Tout ça tout ça

    Gwendoline Soublin

    C'est l'été. La radio, la télé crient leurs scoops. Ehsan, douze ans, a disparu. Un petit mot posé sur son lit dit son encombrement face à un monde où la banquise fond, où les ours blancs vivent dans les hypermarchés et où les terroristes mitraillent.
    Ehsan veut agir, il dit qu'il s'en va. Sa petite soeur Chalipa, Samantha la baby-sitter, ainsi que deux alliés de choix, le tout petit Nelson et le débonnaire Salvador, cherchent à le retrouver. Ils se livrent à un jeu de piste imaginant Eshan enfermé dans le bunker du jardin de sa maison (comment l'en faire sortir ?) ou, pire, ayant définitivement dit ciao au monde ?
    Comment le retrouver avant de devoir prévenir les adultes ?
    Un texte vif, joyeux, et parfois grave, transcendé par la force du collectif.

  • En 2003, Rebecca, photoreporter de guerre, rentre d'Irak. Elle retrouve sa fille, ses obligations professionnelles, sa vie d'ici.
    Mais son quotidien, comme préparer le gâteau d'anniversaire ou envoyer les photographies à son rédacteur, est imprégné des bruits et des odeurs de là-bas, des images qu'elle a fixées. Elle est hantée par l'explosion de l'hôtel qui héberge les journalistes - un obus américain égaré ? - et par le souvenir de la petite Hayat qu'elle a photographiée et filmée.
    Comment revient-on vivante de ces confrontations avec la mort ? Que faire de la culpabilité d'être survivante ? Comment continuer à travailler ? Quelle est la valeur du témoignage ?
    Shell Shock est un long poème polyphonique qui nous plonge dans les ténèbres de la guerre à hauteur humaine.

  • Loubia adore parler, et tant pis si les autres n'apprécient pas. Au collège, elle fait la rencontre de Louis, un garçon totalement mutique. Un vrai mystère ! Le silence de Louis agit comme un détonateur pour cette jeune fille qui n'a pas sa langue dans sa poche...
    Alternant récits et fragments plus poétiques (n'écrit-elle pas une sorte de journal ?), le texte nous fait découvrir le quotidien de Loubia, entre vie de quartier, vie au collège, univers familial, et dessine le chemin d'une émancipation.

  • C'est un garçon laid qui s'invite à une soirée étudiante donnée dans un pavillon de banlieue. La fête est finie, il est seul dans le jardin, derrière une chaise longue, dissimulé par la nuit.
    Plonge alors dans la piscine un jeune homme, le maître des lieux, accompagné de son amie et de son pote. Le garçon les observe, monologue sur leurs actions, comme un commentateur invisible, au bord de ce qui se joue.
    Les regardant s'amuser, se battre, se faire l'amour, il s'analyse en eux, se positionne en contre, mais progressivement sous le discours remontent les vrais objets de sa présence en ce lieu : un coup d'épaule dans les couloirs de la fac, un poème de Gaston Miron lu en classe de littérature.
    Le lendemain, il se réveille. Le jeune homme de la piscine lui fait face. Commence alors un dialogue inattendu qui va libérer et exacerber les sentiments.

  • Le théâtre d'une petite ville de province, Balbek. Comme ailleurs dans le pays, l'extrême droite est aux portes du pouvoir. Une troupe permanente de comédiens et sa directrice travaillent en décentralisation. Parmi eux, Aymeric, assoiffé de reconnaissance, rêve de gloire tandis que Lucas s'interroge sur la capacité du théâtre à participer aux luttes sociales et que Michael, sensible aux idées des Premières Lignes, dénote. Barbara, fille de la directrice d'un grand théâtre de la capitale, rejoint la petite troupe et découvre ces espaces péri-urbains délaissés.
    Alors qu'Aymeric, monté à la capitale, gravit peu à peu les échelons de la notoriété avec l'appui de la mère de Barbara et de sa compagne, la jeune chanteuse Juliette Demba, la crise politique et sociale conduit à la catastrophe. Mais la célébrité est enfin là, à portée. A quelles compromissions Aymeric sera-t-il prêt, quels silences, pour atteindre ce qu'il s'était promis d'atteindre ? Est-il possible de combattre un système de l'intérieur ?
    Mephisto Rhapsodie traite des liens qu'entretiennent aujourd'hui l'art et le pouvoir, la politique et les artistes. Interrogeant les enjeux du théâtre contemporain, et convoquant la vie et l'oeuvre de l'écrivain allemand Klaus Mann ainsi que la figure ambiguë du comédien allemand Gustaf Gründgens dans les années 30, ce texte cherche à déjouer les évidences.
    Il tente de critiquer la paresse de pensée qui nous fait parfois croire que nous ne participons pas de ce qui détruit un monde et travaille la zone de notre fascination aveugle pour la célébrité et le succès.

  • Pour échapper aux huissiers, une femme rêve d'un séisme qui les ferait disparaître. Ainsi le chaos lui permettrait-il de se reconstruire, autre, avec Mikel, son fils de huit ans et demi. L'urgence est telle et le rêve est si fort que la catastrophe advient. Tout s'effondre. Dans la ville d'eskandar, la nature reprend ses droits. Un zoo est laissé à l'abandon, des fauves s'échappent et attaquent celles et ceux qui n'ont pas pu ou voulu partir. parmi eux Thomas Kantor, un obscur criminel en cavale.

    Accompagnée de Mikel, cette femme, se rebaptisant Madame de Fombanel, s'enfuit de chez elle et s'enfonce dans la zone pour abattre des lions. A la fois effrayée et fascinée par la propagation du désastre, elle investit une école abandonnée, à la porte de laquelle Thomas Kantor vient frapper.

    Samuel Gallet continue avec Eskandar - ville imaginaire, onirique, de l'entredeux - a exploré les no mans' land et les laissés pour compte. De ces luttes, naîtra un monde nouveau, trouble, avec de la joie aussi.

    DisTribUTion : variable / Genre : poème dramatique, récit polyphonique

  • 10 juin 2017, le matin. Quartier périphérique de Saint-Malo. Atmosphère caniculaire.
    Najda Bendaoud, dix-huit ans, attend. Le bac approche mais l'imminence de l'examen la préoccupe beaucoup moins que celle des résultats de la Commission de sélection des jeunes espoirs de foot : à midi, Najda saura si elle est choisie pour jouer lors de la prochaine Coupe du monde de foot féminin U20, en 2018.
    Alors Najda se filme avec son téléphone et réalise une vidéo « My future self », comme elle en a vu sur Youtube :
    Elle s'adresse à son aînée de dix ans - la Najda qu'elle sera en 2027. Elle raconte aussi sa mère, sa grand-mère et son arrière-arrière-grand-mère, leurs rêves et leurs renoncements.
    Entourée de son double virtuel et de différentes générations de femmes, Najda relie les époques et midi sonne...

  • Toutes ces voix donne la parole à un éducateur qui exerce auprès d'adultes en milieu psychiatrique.
    Le narrateur, par ailleurs écrivain, dévoile ce que recèlent d'universel les actes, les gestes les plus élémentaires du quotidien, tout ce qui au jour le jour nourrit cet accompagnement au plus proche de l'humain.
    Portant un questionnement éthique sur le pouvoir de la littérature, le texte donne à entendre avec une grande douceur les voix des plus fragilisées et des plus démunies.

  • Suzy Storck est une femme au foyer qui mène une vie ordinaire dans une petite maison avec mari et enfants. Elle n'a qu'à veiller au bon fonctionnement des journées. Un jour d'été, quelque chose dérape. Sous le poids de la chaleur, sous le poids des gestes répétés, Suzy a un moment d'inattention. Elle sombre et, au fil des heures, visite son passé. Elle prend conscience de ses renoncements et formule son incapacité à vivre selon ses vrais désirs tandis que le soleil du soir tarde à se coucher, que les enfants chahutent, que rentre le mari.
    Pendant ce temps, le drame s'est constitué.

  • Dans les coulisses d'un théâtre où se donne un drame historique sur la seconde guerre mondiale, des comédiens discutent. Certains jouent le rôle de nazis, d'autres celui de déportés. Ce sont des hommes liés par la fraternité de la scène, ils rient, s'adressent des plaisanteries, gèrent leur stress. S'ils donnent l'impression d'être soudés, il ne faut pas négliger qu'ils puissent taire leurs pensées les plus profondes, afficher une désinvolture de surface, et entretenir une certaine rivalité.
    Lorsqu'un soir, juste avant la représentation, par mégarde, un comédien vient tacher l'impeccable tenue de nazi d'un autre comédien, ce fragile équilibre commence à tanguer.
    Dans cette pièce-récit, Éric Pessan traque les sources-mêmes de l'intolérance, celle qui commence par des petits riens et finit par engloutir l'humanité des êtres. Il s'interroge aussi sur la porosité inéluctable entre le comédien et le personnage qu'il incarne.

  • Elle s'appelle Blanche Neige. Princesse, si l'on veut. Autour d'elle, une Reine, si l'on veut. Un Prince, si l'on veut. Et Le Conte. Si l'on veut.
    Il y a aussi un château et une forêt. Foutue forêt en vérité. Vérité, si l'on veut.
    Il y a des comédiens qui jouent sur la scène et des personnages qui apparaissent sur un écran. Ce sont les mêmes, si l'on veut. Personne n'est exactement ce que l'on croit. Entre corps réels et images, il y a des écarts, des redoublements, des contradictions, des tensions, des combats.
    Les images savent tout avaler et tout recracher. Voilà ce qui compte, ce qu'on recrache. Tout ce qu'on sait trop bien, tout ce qu'on comprend trop bien, tout ce qu'on nous apprend trop bien, tout ce qu'on voit trop bien. Tout ce qu'on dit trop bien.
    Blanche Neige crache sa blancheur de princesse modèle, dévoile sa noirceur, et lorsque ses ami-e-s, les sept P., la rejoignent, elles nous purgent de toute pitié consolatrice.

  • Que veut dire « réussir sa vie » pour la jeune génération européenne ?
    Un groupe de jeunes gens à la sortie du lycée est à l'heure des choix. Certains veulent tenter les concours des grandes écoles de commerce de Paris, décrites comme l'élite, le Saint-Graal.
    Lorsque les résultats tombent, certains réussissent, d'autres resteront en province, à Clermont-Ferrand, trouveront un emploi ou intégreront des écoles moins prestigieuses. Les années d'études passent, chacun est confronté à lui-même, à ses compromissions, ses renoncements, sa réussite ou son échec, la réalité d'un monde sans état d'âme et qui peut broyer les êtres, ou bien l'on est fier d'intégrer l'élite de la société française.
    Mais à quel prix ? Que sont devenus leurs amitiés, leurs liens ? Que reste-t-il de leur foi, de leur intégrité ? Quand on a fait siens les discours du « tout économique » et que l'on refoule ses affects, ses émotions, qu'on refuse « la tentation d'être humain », ne se brûle-t-on pas intérieurement ?
    Deuxième pièce de la trilogie qu'écrit Manuel Pereira sur les jeunesses européennes dont le premier volet est Berlin sequenz. Le troisième, situé à Porto, est en cours d'écriture.

  • Neverland s'apparente à une rêverie, une traversée fantasmatique autour de la figure mythique de Michael Jackson. La pièce, construite comme un kaléidoscope, est centrée sur la relation entre deux jeunes adolescents, Jimmy et Mikaël, relation ambiguë qui flirte entre la réalité des faits et leur basculement dans l'imaginaire. Autour d'eux, évoluent de nombreux « sosies », doubles - enfants ou adultes - fascinés par le chanteur icone tandis qu'une voix vient régulièrement analyser, dans un langage scientifique embarrassé et une rigidité de pensée désopilante, qui fut Michael. L'ombre paternel et l'enfance meurtrie hantent également ce texte.
    David Léon aborde ici la question de l'abus sur les enfants (déjà présente dans Un Batman dans ta tête et Sauver la peau) et celle du corps comme lieu de la souffrance, de la tendresse et de l'amour, de l'exhibition et de l'offrande, de la quête de soi. Racisme, troubles de l'identité, sexualité traversent aussi la pièce qui peut être entendue comme un requiem profane et funk.

    DisTribUTion : dramaturgie chorale - Jimmy, de couleur noire / Mikaël, indistinctement enfant et adulte, indistinctement de couleur noire ou blanche / Joshua, le père de Mikaël, de couleur noire / Sosies, enfants et adultes / voix d'une psy / Genre : poème dramatique, récit polyphonique.

    Prix : Lauréate de l'Aide à la création du CNT / Mise en voix B. Savetier, Théâtre Ouvert, mai 2016.

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