Yannick Ripa

  • Parce que l'histoire a longtemps été écrite par et pour les hommes, sa dimension féminine a été négligée. Si l'histoire des femmes, née dans la décennie 1970, les a montrées actrices du passé, si l'histoire du genre a mis l'accent sur la construction culturelle et politique de la différence des sexes, la spécificité féminine de l'Histoire n'a pas été interrogée : existe-t-il en France un temps de l'action des femmes dont la prise en compte ferait surgir une autre chronologie ? Les faits le disent : le peuple-femme, s'affichant tel, avec ses propres revendications et gestes, fait irruption sur la scène révolutionnaire le 5 octobre 1789, en marchant sur Versailles. Nos contemporaines l'affirment : interrogées sur l'événement pour elles le plus important du XXe siècle, elles ont massivement répondu "la contraception et la liberté d'avortement" (1975), quand les hommes applaudissaient à la conquête spatiale. Identifier une histoire féminine de la France révèle que les femmes l'appréhendent autrement que les hommes, de là où elles sont, de là où on leur permet d'être, de là où elles osent être... Cette entreprise ambitionne de leur redonner vie, et donc de leur rendre, autant que faire se peut, le geste, la parole et l'action.

  • Illustres en leur temps, nombre de femmes sont tombées dans l'oubli sans raison apparente. Comprendre les causes et les modalités de cette invisibilisation qui n'atteint jamais la notoriété masculine, telle est l'ambition de ce livre.
    À travers vingt portraits de femmes d'exception qu'il ramène à la vie, il questionne cette stratégie, toujours à l'oeuvre, et sa fonction dans la perpétuation des assignations de genre. Ainsi se révèle le détournement de la notion même d'exception, dès lors qu'elle est attribuée à « la femme » postulée des siècles durant faible, fragile, inapte à créer et à agir dans la sphère publique. L'ouvrage décèle trois modes d'évitement : l'exceptionnalité féminine pathologisée ; l'amputation mémorielle ; et enfin l'instrumentalisation pour renforcer la règle du genre.
    La raison première de cet oubli mémoriel reste assurément le refus de l'égalité entre les sexes.

  • Des histoires de belle-mère ? Tout le monde en connait tant elles sont un banal ressort d'un comique populaire dont on peine à dater la naissance ; tout le monde en a ri, sans avoir nécessairement conscience de leur cruauté, jusqu'à l'appel au crime. Nul - pas même ses victimes élevées au rang d'une catégorie sociale, pas même les féministes, avocates de la cause des femmes - ne s'en est offusqué ; nul ne s'est interrogé ni sur l'origine de ce rejet et la construction de stéréotypes caricaturaux qui additionnent le ridicule et la haine, ni sur ses éventuelles variations dans le temps et l'espace. Si l'imaginaire de la belle-mère a donc une histoire, elle ne doit pas cacher la réalité quotidienne de ces femmes, êtres de chair et de sang, en prise avec leur temps. Il existe bel et bien une histoire des belles-mères, entre fiction et réalité, entre rire et larmes. C'est à la découverte de cet inconnu, de la Mésopotamie antique à nos jours, de l'orient à l'occident que ce livre collectif convie.

  • Siècle des révolutions (politique, démographique, industrielle, agricole...), le XIXe siècle est étudié ici à travers 100 notions - 20 majeures et 80 mineures.
    Elles couvrent le domaine de la politique intérieure, des relations internationales, du social, du religieux, de l'économique et du culturel ; elles sont analysées dans leur définition première et leur évolution, éclairées par des documents de l'époque ; leur complexité est soulignée par l'exposé des débats historiographiques passés et présents, précisée par des cartes et des chronologies. Une bibliographie accompagne chacune de ces notions.
    Pris dans une acception volontairement large, le terme recouvre des concepts (démocratie, marxisme, positivisme, romantisme...), des événements (journées de juin, dimanche rouge, crises marocaines...), des actes officiels (congrès, traités...), et s'attache aussi à cerner le vécu des individus (femme, enfant...). Destiné aux étudiants de tous niveaux, ce livre sera pour eux à la fois un outil de base pour comprendre le long XIXe siècle qui s'ouvre avec la chute de l'Empire napoléonien et se clôt avec la Première Guerre mondiale, et un instrument à l'usage ponctuel pour accompagner lectures et recherches.

  • Femmes célèbres, illustres, exceptionnelles, héroïques... les qualificatifs ne manquent pas pour isoler celles dont les actes rompent avec la définition normative de la féminité.
    Car, à l'inverse des hommes, l'excellence féminine n'est pas une sublimation de ses qualités, c'est tout le contraire ! Et l'histoire, écrite par et pour des hommes pendant des siècles, n'a eu de cesse d'empêcher que des noms de femmes, saluées en leur temps, ne passent à la postérité.
    Cette entreprise d'évitement, de gommage de l'être-femme s'appuie sur des stratégies de pathologisation, de mémoire amputée et d'exceptionnalité.
    C'est précisément à isoler ces stratégies que cet ouvrage s'attache, à travers les vies de vingt femmes d'exception auxquelles Yannick Ripa redonne chair et parole.

  • Institué en 1838 par une « loi de police et de bienfaisance », l'asile n abrite pas seulement, au XIXe siècle, les cas aigus de démence : il est aussi - surtout, peut-être, lorsqu'il s'agit des femmes - un lieu d'observation pour connaître et réduire au silence des conduites qui menacent, ou semblent menacer, l'ordre public ou privé. Folle, Adèle, qui se refuse à son mari ; folle, Camille, qui s'affiche avec un homme de vingt ans son cadet ; folle, Mlle L. qui, pour avoir frappé un agent, se retrouve à « l'hôpital spécial » (le même geste aurait mené un homme en prison)... Ce sont ces femmes que Yannick Ripa a voulu accompagner, d'abord sur le chemin qui les conduit de la normalité à la folie - qui est internée, et pourquoi ? -, puis derrière les murs du grand renfermement. La vie à l'asile est ici minutieusement décrite : monde quasi carcéral, où dominent souvent la pénurie, la surpopulation et la misère matérielle ; un « entre-femmes » où règne un homme seul, le tout-puissant « médecin spécial ». Peu de soins, en dehors de l'hydrothérapie, pratiquée parfois avec une violence meurtrière ; le « traitement moral », cette grande invention du XIXe siècle, qui devait faire comprendre à l'aliénée, par l'écoute et la douceur, l'aberration de ses raisonnements, est tôt perverti : la compréhension cède le pas à la contrainte. Élevés au rang de thérapie, le travail et la répression sont là pour réintégrer la femme dans un moule dont elle n'avait pu supporter la rigidité. Malade d'incompréhension, la folle devra « guérir » sans s'être jamais fait entendre ni comprendre... Silence, enfermement, soumission à des valeurs établies par des hommes et pour des hommes : n'est-ce point là l'image, grossie sans doute mais nullement déformée, de ce qu'était la condition féminine au siècle qui précéda le nôtre ?

  • En ce début de XXI e siècle, les idées reçues sur les femmes, certaines multi-séculaires, sont toujours très présentes. Véritable aveu de la difficulté à accepter les changements survenus dans la vie des femmes et dans les rapports des sexes, cette persistance des idées reçues témoigne in fine d'un attachement à une certaine idées de « la femme » : « Les femmes sont faites pour être mères », « Les filles réussissent mieux à l'école que les garçons », « Les femmes ont commencé à travailler à la Première Guerre mondiale », « Prof, c'est bien pour une femme », « Si les femmes dirigeaient, il n'y aurait plus de guerre », .
    Ces idées reçues concernent tous les aspects de la vie des femmes prises au piège des représentations sociétales, ce de qu'elles sont censées être depuis leur naissance, engluées dans une hiérachisation des sexes source de tensions et de conflits. Et l'on mesure, au travers de cet ouvrage, combien se défaire de ces idées reçues sur le féminin (et donc, en négatif, sur le masculin) est tout aussi important pour les hommes que pour les femmes !

  • Quand elle protestait, c'était la camisole. Ou les brimades des soeurs du
    pavillon des agités. A moins que ce ne soit les mains entravées, comme pour
    tout «client» jugé dangereux. Lorsqu'en septembre 1863 Hersilie Rouy, 49 ans,
    professeur de piano, est placée, faubourg Madeleine, à l'asile d'Orléans, elle
    a déjà connu neuf années d'internements et d'errances à travers la France. Un
    lourd passif. Pourtant, après quinze jours d'observation, le médecin-chef
    orléanais la décrit «sans aucun trouble», se refusant à la garder plus
    longtemps dans l'établissement. Il le fait savoir au préfet. Une fin de
    parcours? Non: une simple étape dans un calvaire remontant à 1854, lorsqu'un
    médecin aliéniste, proche de son frère, l'inscrit d'autorité - qui plus est
    «née de parents inconnus» - à la maison de santé de Charenton. Mêlée aux
    débiles profonds, Hersilie n'a de cesse d'exposer par écrit - au procureur
    impérial, au baron Haussmann, à l'impératrice Eugénie - les ruses d'un frère
    qui l'a fait interner pour rester seul en ligne dans la succession. Une
    agitation suspecte qui fait sa réputation: Hersilie est une indocile, une
    véhémente dont la séquestration s'impose. Informé de son insubordination, le
    médecin-chef se ravise et la diagnostique atteinte de folie d'orgueil ou «folie
    lucide». Une lucidité qui finit tout de même par attirer l'attention
    d'administrateurs des hospices, puis du préfet. Un rapport au garde des Sceaux
    réclame pour la demoiselle de meilleures conditions. Après cinq ans de séjour,
    en 1868, on lui délivre même une attestation de guérison. Avec le concours de
    notables du cru, Hersilie sort enfin des murs. Le ministre de l'Intérieur
    reconnaît l'irrégularité commise. Son frère et l'administration centrale sont
    montrés du doigt. La presse s'en mêle. Elle évoque une «résurrection» quand, à
    l'occasion d'un récital à l'Institut musical, la pianiste joue Carl Maria von
    Weber. Hersilie s'engage dans un nouveau combat, pétitionnant contre les
    internements psychiatriques abusifs et pour une réforme de la loi de 1838. A la
    Chambre des députés, les parlementaires du Loiret sollicitent Gambetta. Le
    sujet doit être débattu le 16 juillet 1870... jour de l'ordre de mobilisation.
    Les Prussiens et la défaite de Sedan ont raison d'Hersilie. La description au
    quotidien de l'interné(e) est un plaidoyer à charge contre l'asile et contre sa
    fonction politico-sociale. Maître de conférences à l'Université de Paris VIII,
    Yannick Ripa est également membre du Groupe de recherches en histoire et
    anthropologie des femmes à l'Ecole des hautes études en sciences sociales. Elle
    est l'auteur de La Ronde des folles. Femmes, folie et enfermement au XIXe
    siècle (Aubier, 1985), Les Femmes actrices de l'Histoire. France, 1789-1945
    (SEDES, 1999) et Les Femmes (Cavalier bleu, 2002).

  • Près de deux siècles et demi séparent les emblématiques Olympe de Gouges, guillotinée pour s'être prise pour un homme d'Etat et Ségolène Royal, première candidate présidentiable. Dans ce long temps, les femmes se sont peu à peu dégagées des rôles et statuts que leur assignait le genre, au nom de leur nature. En suivant cette marche vers une égalité des sexes, jamais atteinte, ce livre rend aux femmes leur mémoire et aux hommes le passé féminin. Il s'attache à décrire la réalité quotidienne, qui a évolué sous l'eff et conjugué des révolutions politiques et économiques, des guerres mais aussi des combats féministes. En retraçant la présence des femmes ou leur absence sur le devant de la scène, de la Révolution française à nos jours, il dessine une chronologie spécifique aux rapports des sexes. Il découvre ainsi les femmes, actrices de l'Histoire et confirme qu'une histoire sans les femmes n'est plus possible.

  • Nouvelle présentationConseillère, mère, éducatrice, épouse, travailleuse, soignante, tricoteuse, féministe, pétroleuse, suffragette, pacifiste, résistante... les femmes ont endossé bien des rôles que l'histoire, plutôt attentive à l'événementiel et aux grands hommes, a longtemps passés sous silence ou caricaturés.Ce livre rend aux femmes leur mémoire et aux hommes le passé féminin. Il s'attache à décrire la réalité quotidienne. Tout en retraçant leur présence, leur figuration ou leur absence sur le devant de la scène de la Révolution française à la Seconde Guerre mondiale, il dessine une chronologie qui leur est propre et analyse les rapports de sexe. Il découvre ainsi que les femmes, actrices de l'Histoire, et confirme qu'une histoire sans les femmes n'est plus possible.Yannick Ripa, maître de conférences, enseigne l'histoire des femmes à l'université Paris VIII.
    ANALYSE ET SYNTHÈSE. Être femme en 1789. La révolution française, l'espoir déçu des femmes. Le XIXe siècle : le renforcement de la différence des sexes. Le quotidien des femmes au XIXe siècle. La démocratie naissante sans les femmes. Les effets de l'industrialisation sur les rapports de sexes. L'évolution de la condition féminine de 1870 à 1914. Les effets de la Première Guerre mondiale sur le genre. La lente entrée des femmes dans la modernité du XXe siècle. Les femmes dans la Deuxième Guerre mondiale. Le droit de vote, et après... DOCUMENTS ET MÉTHODES. La caricature au service de la propagande contre les femmes. Les divergences stratégiques entre femmes : George Sand et le droit de vote. La question du travail des femmes, selon Michelet. Le déni de la conscience politique des femmes : Maxime Du Camp et les communardes. La naissance du suffragisme : Hubertine Auclert. Une représentation du réel : le récit autobiographique. Féminisme et pacifisme : la plaidoirie d'Hélène Brion. La photographie comme source historique : La tondue de Chartres. REPÈRES ET OUTILS. Chronologie. Bibliographie. Index.

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