Linda Lê

  • Toutes les colères du monde ; la colère Nouv.

    Les sept péchés capitaux, ce n'est pas seulement de la théologie, c'est aussi de la littérature. Il fallait Linda Lê, l'autrice de Lame de fond, pour nous raconter la vérité et la folie du courroux.

    «À côté des bilieux qu'il faudrait seulement purger de leur humeur acariâtre, il serait instructif de placer ces tragiques figures d'une colère impuissante face à Dieu (ou à son absence), face à ce qui est perçu comme une injustice, comme une atteinte à leur liberté, leur intégrité quand elles subissent les coups de boutoir de la réalité : ces guerriers n'écrivent, ne vivent, ne s'exposent qu'à seule fin de se dresser contre ce qui les meurtrit ou les indigne.»

  • Une femme s'adresse à sa mère. Sa mère qui vient de mourir, sa mère qui répétait, les derniers mois de sa vie, comme un refrain de liberté : Je ne répondrai plus jamais de rien. Quelles raisons, quels mystères justifiaient cette phrase obstinée ?

    Linda Lê explore les rapports qui lient une mère et sa fille, abandonnées par un « mari » qui a refusé d'être un « père ». Cet homme n'a jamais renoncé à son amante, additionnant le mensonge à l'esquive ou la tricherie. Comment répondre à la rivalité ? Comment ne pas céder à la mélancolie destructrice, relever le défi, refuser la défaite ?

    C'est l'histoire d'un homme qui conquiert avant de fuir. C'est l'histoire d'une femme qui semble avoir pardonné, parce qu'il est si difficile d'aimer. C'est l'histoire d'une fille qui se rebelle et cherche la vérité. C'est enfin l'histoire d'Adrien, le compagnon présent, traducteur et peintre bienveillant, un homme qui est là. Par ce quatuor de personnages, Linda Lê nous donne un condensé de l'humanité, décrivant les émotions les plus secrètes, éclairant les instincts de survie. Écrire comme acte libératoire.

  • Lame de fond

    Linda Lê

    Enterré au cimetière de Bobigny, Van monologue depuis son cercueil. Il a laissé derrière lui les trois femmes de sa vie. Lou, son épouse un peu banale, trop jalouse, qui l'a renversé en voiture. Laure, sa rebelle de fille qui sèche les cours et fume des joints. Ulma, sa fascinante demi-soeur avec qui il a entretenu une relation incestueuse. Tour à tour, les membres de ce quatuor bien cabossé font leur examen de conscience : des récits portés par l'amour, qu'il soit familial, conjugal ou passionnel.

    2 Autres éditions :

  • Quel rapport y a-t-il entre Bruno Schulz et Joë Bousquet, Ida Lupino et un voyage chez les fous en compagnie de Wang Bing, la sirène Ondine et les premiers films de Sharunas Bartas, les duos de soeurs et un roman sur la guerre du Vietnam, les lettres de Rainer Maria Rilke sur la nécessité de se mettre sans cesse en danger quand on prétend créer et la fameuse « Lettre à un ami lointain » de Cioran, la philosophe Maria Zambrano qui se définissait comme une éternelle étrangère et les « veilleurs de nuit, de jour et de rêve » chez Stanislas Rodanski ? Aucun rapport, sans doute, sinon que ce sont, à travers l'évocation de ces figures ou de ces singularités, autant de tentatives d'élucider le mystère des passants qui choisissent l'ombre, se dissimulent dans l'ombre, ont été rejetés dans l'ombre, autant de tentatives aussi de faire parler la bouche d'ombre, de permettre à la part obscure d'entonner l'éloge de ce qui chante dans les ténèbres. Il y a une griserie à se projeter en pleine lumière, mais il y a peut-être une ivresse plus grande pour les artistes présents dans ces pages à se tenir en retrait et à être les habitants de cette « Nuit obscure » tant vantée par saint Jean de la Croix : ceux-là savent que c'est dans les zones d'ombre, si riches de contradictions, de paradoxes, de questionnements, que naissent les intuitions les plus fécondes.

  • Héroïnes

    Linda Lê

    Un étudiant lecteur de Kafka engage une correspondance avec une photographe après avoir vu, dans une galerie des bords du Léman, un de ses clichés où elle a capté l'image d'une célèbre chanteuse vietnamienne exilée aux États-Unis puis à Paris. Elle a fait partie des « fuyards » qui s'étaient sauvés à l'étranger juste avant la capitulation de Saigon, la capitale du Sud-Vietnam, le 30 avril 1975, devant les troupes communistes du Nord.
    L'étudiant et la photographe, tous deux nés en Europe de parents vietnamiens qui avaient émigré en France et en Suisse, vont, sans s'être jamais rencontrés, enquêter ensemble sur la fameuse chanteuse, connue aussi bien pour ses ritournelles sentimentales que pour son avidité et ses amours scandaleuses.
    L'art, l'amour, la guerre, la révolution, l'exil : les deux enquêteurs, sans s'avouer qu'ils sont de plus en plus attirés l'un par l'autre alors qu'ils ne se sont jamais vus, vont se découvrir et découvrir qu'ils sont peut-être en train d'écrire ensemble le livre des fuites, le livre des doubles, le roman de toutes les nostalgies mais aussi de toutes les résistances, manière d'offrir une consolation à ceux-là, ou plutôt celles-là, qui rêvent d'une impossible réconciliation avec l'« amère patrie », d'un impossible retour vers ce qu'elles n'appelleraient pas le paradis perdu mais qui, dans leur imaginaire, est quand même le lieu où auraient pu se réparer les déchirures.

  • In memoriam

    Linda Lê

    Sola a changé la vie du narrateur.
    Elle écrit des romans et comme dans ses romans, un ange noir plane sur le frais bonheur qu'ils vivent. thomas, le frère ennemi du narrateur, s'immisce entre les deux amants. le duo devient triangle. sola ne choisira jamais entre les deux hommes : un matin de printemps, elle renonce pour de bon, ne laissant pour explication qu'un mystérieux manuscrit.

    1 autre édition :

  • Toute littérature, disait Roberto Bolaño, porte en elle l'exil, peu importe si l'écrivain a dû prendre le large à vingt ans ou s'il n'a jamais bougé de chez lui. Cet essai revient sur ces agents de la subversion que sont certains écrivains « hors la loi », contraints de prendre la route de l'exil, où ils deviennent des proscrits. Partant d'une réflexion sur la figure de l'étranger, toujours suspecté d'être un fauteur de rébellions et un semeur de division, Linda Lê nous invite à pénétrer dans l'univers de quelques-uns de ceux qui ont fait oeuvre extraterritoriale, qui ont été des exilés toujours en quête et qui, comme Klaus Mann, se définissaient comme les pionniers d'une civilisation universelle. Ces artistes, dont Segalen aurait dit qu'ils savent à quel point c'est par la Différence et dans le Divers que s'exalte l'existence, sont parfois étrangers dans leur propre pays. À côté d'un Gombrowicz qui a connu l'exil argentin, d'un Cioran ou d'un Benjamin Fondane qui non seulement ont quitté leur pays mais ont changé de langue, il y a tous ces exilés de l'intérieur qui ont toujours vécu une forme d'exil transcendantal. Cet essai rend hommage à ceux-là, qui ont été déplacés, transplantés, ou qui tout simplement ont fait sécession, devenant, comme Roger Laporte, Jean Améry ou Alejandra Pizarnik, entre autres, des créateurs hétérodoxes, dont l'oeuvre naît d'une dissidence envers la vie.

  • L'essai d'Élisabeth Badinter intitulé Le Conflit soulignait, l'an passé, la dureté de l'injonction faite aux femmes par l'obligation non seulement d'être mères, mais de l'être absolument, dans un fantasme de perfection typique d'une société où la sphère privée est devenue un spectacle permanent. En écrivant à l'enfant qu'elle a choisi de ne jamais concevoir, Linda Lê s'affranchit du monde en général pour poser un regard strictement personnel sur sa volonté de ne pas devenir mère. Ce travail autobiographique lui permet d'éclairer les premiers jalons qui, dans l'enfance, préparent l'expression de sa liberté d'adulte. La figure étouffante de la mère et une adolescence passée dans un monde exclusivement féminin contribuent à forger un désir de soi, aussi évident que douloureux à porter dans le regard de l'autre, et plus particulièrement de cet homme, S. Car l'homme qu'elle aime veut avoir des enfants. Chaque jour il tente de lui montrer que son refus se fonde sur l'erreur : erreur d'analyse, trop intellectuelle ; erreur ontologique d'un égocentrisme qui aurait mal tourné ; erreur personnelle, d'une peur jamais confrontée, etc. La narratrice, elle, en lieu et place d'idées toutes faites, voit défiler de simples images, précises et palpables : celle d'un enfant qu'elle ne saurait pas aimer, quelle que soit son identité, et celle d'un écrivain qui perdrait forcément la sienne à l'éduquer. " On ne part pas à la conquête du Graal avec une poussette ", écrivait Karen Blixen. Et là où l'expression de la liberté devient intolérable aux yeux des notaires de ce monde exigeant une conversion systématique au modèle de la famille, la narratrice écarte toute forme de dureté, toute prétention à une règle édifiée à d'autres qu'elle-même. Bien au contraire, c'est toute la douceur de son amour qu'elle offre à cet enfant qui n'existera jamais, mais vit sans cesse, à chaque seconde, dans l'imaginaire lumineux de sa conceptrice.

  • Il s'agit d'un roman de haine entre une mère monstrueuse et un fils philosophe avorton. Cramponné à son fauteuil de paralytique, le jeune homme décrit sa mère et toute une série de personnages grimaçants. " Il y a là la Mandragore qui s'ennuie à crever avec ses amies les rombières, les "lapeuses de thé", et qui passe ses nerfs sur son fils et lui reproche de ne pas l'aimer. Il y a son amie Mildred, hystérique comme elle, mais qui a réussi à ce que son fils, bonasse, reste à ses côtés pour l'entendre se plaindre. Il y a encore le vieux Ragot qui a trouvé en Mortesaison une compagnie, avant que celle-ci ne fuie et n'entre à l'agence Maya. Là, elle écrit des simulacres d'articles de presse élogieux aux oubliés de la gloire qui, voluptueusement, se contemplent dans ce miroir factice, comme Mildred, du temps où elle était (si elle l'a jamais été) "l'adulée".

  • Cronos

    Linda Lê

    À Zaroffcity, le pouvoir est détenu par deux absolutistes : le Grand Guide, intronisé après un coup d'Etat, et son ministre de l'Intérieur, Karaci, surnommé la Hyène par des habitants qui vivent sous le régime de la terreur.
    Alors que les exactions se multiplient, alors que les opportunistes se rangent sous la bannière des nouveaux dirigeants, s'élève une voix, celle d'Una, fille d'un ancien astronome devenu sénile, qui a dû le sauver en acceptant d'épouser Karaci. Soeur d'un comédien exilé, elle lui écrit en secret des lettres sur sa solitude de captive, exprimant son amertume, ses indignations, ses rancoeurs, mais aussi son amour pour son vieux père, pour un gamin des rues venu, malgré les dangers, lui apporter une consolation, pour un insurgé, auteur de pamphlets subversifs. Peu à peu, une métamorphose s'opère en elle : d'abord résignée, elle rejoint les opposants et se mue en conspiratrice au moment où elle apprend qu'elle va être mère. Fable politique, tragédie mettant en scène les excès d'une dictature, les compromissions des arrivistes, la corruption par l'argent et le musellement des rébellions, Cronos est aussi le chant d'amour d'une Antigone, résolue au sacrifice.

  • Stevenson disait de l'artiste qu'il est fils de joie, comme il est des filles de joie.
    C'est une définition qu'on appliquerait volontiers au lecteur, s'il sait reconnaître ce qu'il attend et, en lisant, parler avec son double intime, ce frère secret que chaque livre révèle en soi. Fils de joie, il écoutera le choeur pathétique des hommes comme un épithalame, il ira là où il est étranger, là, disait Ungaretti, " où ce n'est pas un péché, un sacrilège d'être curieux de soi dans les choses qu'on aime ".

  • Elles sont trois, réunies un dimanche après-midi dans une cuisine pleine d'odeurs alléchantes. Elles sont trois, comme les filles du roi Lear. Comme les trois régions du Viêt-nam. Comme les trois Parques qui dévident, nouent, tranchent le fil de la destinée. Elles sont trois, comme les Tristesses penchées sur le lit de Thomas de Quincey : la plus âgée, la Madone des Larmes, porte à la ceinture des clefs avec lesquelles elle ouvre toutes les maisons, pénètre dans les chambres, où elle divague, gémit, tempête contre le Ciel, réclame d'être aimée ; la seconde, la Soeur des Soupirs, ne se révolte plus - elle a jeté ses clefs, elle visite les parias et les vagabonds, elle se glisse auprès d'eux, les yeux baissés ; la plus jeune soeur, elle, pose sur le monde un regard de tigre, elle n'a pas de clef - " quand il lui est permis d'aprocher une porte, elle s'en empare d'assaut et l'enfonce ". La première nourrit de larmes l'inconsolé, la seconde donne le baiser au proscrit, que la troisième reçoit contre son sein pour le perdre à jamais.

  • Ce livre est l'aboutissement des deux qui avaient précédé : Les Trois Parques et Voix. La folie et la mort sont les thèmes obsédants de la trilogie. Ici, la narratrice, dans un long monologue, parle à un interlocuteur muet, Sirius, et revit ce qui l'a terrassée pendant les dernières années : la mort du père et la mort d'un amour. Le père est mort seul dans son pays lointain, jamais nommé. Et l'homme pour qui la narratrice a nourri une passion violente se révèle un amant cynique, désinvolte, médiocre. " Les morts ne nous lâchent pas ", dit la première phrase du livre. Le père mort revient hanter sa fille, à travers les lettres qu'il a envoyées pendant les vingt années de séparation. Elle lit, relit les lettres et s'accuse d'avoir abandonné son père, de l'avoir laissé mourir seul.
    Livre du deuil impossible, chant d'amour au père et chant de désespoir amoureux, c'est aussi le livre de la vie renaissante à l'aube qui se lève au bout de la nuit souffrante.

  • « De quoi souffres-tu ?

    De l'irréel intact dans le réel dévasté ».

    Ces mots de René Char auraient pu servir d'exergue à ce livre des nuits, de la déraison et des passions qui exilent : une femme vient d'échapper à la mort, elle part à la recherche de cet Autre qui lui tiendrait lieu de frère de substitution, de jumeau perdu et retrouvé, de double sublimé. Elle le découvrira peut-être en la personne d'un inconnu nommé Roman.

  • Personne

    Linda Lê

    Ce livre est tissé de plusieurs livres.
    Celui qu'écrit l'auteur, entraîné par son personnage. Lequel s'appelle Personne, et est présenté comme un personnage rétif. Celui qu'a écrit Tima, et qui est constitué de carnets. Personne a découvert ces carnets et les retranscrit. Tima y évoque un séjour à Prague qui l'a rendue à elle-même, et les salles du Musée où elle veille sur les gisants. Quelques autres personnages surgissent : Katimini la détective, Falmer le collecteur de rebuts, Ebua l'imprimeur.
    Deux histoires évoluent en parallèle, et l'enquête autour de Personne, comme celle autour de Tima, s'entrecroisent. Et finalement, on s'aperçoit que le livre que nous lisons est celui que Personne, au premier chapitre, décide d'écrire.

    1 autre édition :

  • Les aubes

    Linda Lê

    " Je rêve, Vega, je rêve d'un livre dont je te dirais chaque jour des fragments que tu coucherais sur le papier.
    Je rêve d'un livre rempli du murmure des fantômes, un livre comme un hymne à la gloire de Forever, la très sainte, comme une déclaration d'amour fou faite à toi, la conjurée qui a ourdi mon bonheur. Je rêve d'un livre de deuil et de renaissance, de mort et de sensualité, un livre qui me sauverait de moi, que la pensée du suicide a toujours accompagné. "

    1 autre édition :

  • Linda Lê est née en 1963. Elle habite Paris. Depuis Dalat, sa ville natale du Viêt-nam, jusqu'à Paris, il y a eu de nombreuses étapes : Saïgon d'abord et ses études au lycée français, puis après la chute de Saïgon, son rapatriement en France avec sa mère française et sa soeur. Après trois livres parus lorsqu'elle était très jeune, elle a publié Les Evangiles du crime dont une presse unanime a salué l'originalité exceptionnelle. En 1993, Christian Bourgois a édité son cinquième livre, le roman Calomnies (traduit et publié aux Etats-Unis, aux Pays-Bas et au Portugal) puis en 1995, Les dits d'un idiot. Les Trois Parques et Voix ont paru chez Christian Bourgois Editeur en 1998, Lettre morte en
    1999, Personne en 2003 et Kriss/L'homme de Porlock en 2004.

    Reeves C. est retrouvé mort dans un hôtel. Il voulait être écrivain. Il ne fut que le mari d'une romancière célèbre. Il lui disait : « Il ne faut pas aimer son double, car c'est un amour qui naît d'un oubli momentané de la haine qu'on a pour soi. » Le Professeur T. s'est pendu dans la cave de son immeuble. Son seul ami, c'était « Plus-dure-sera-lachute ». Avant de mourir, le Professeur T. avait écrit dans son journal : « Chacun porte en soi un frère assassiné, il faut vivre en le ménageant. » Dans la nuit du 14 août 1990, une femme, gantée de blanc, se jette du hait d'un immeuble de La Défense. Elle s'appelait Klara W. Dans son agenda, elle avait noté ce bref dialogue extrait d'un film : « -ne vous en faites pas, je m'en vais. - Où ? - En moi-même. » Vinh L. se prépare à rentrer dans son pays. Auparavant, il écrit dix lettres, dans lesquelles il raconte son histoire : pour survivre, il a mangé de la chair humaine. Longtemps, il s'est tu. Maintenant, il parle. « Le crime, dit-il, ressemble à l'amour : tant que les sentiments sont sincères, ils s'entourent de silence. On se met à jacasser quand l'émotion est morte. »

  • Ecrire, c'est aussi reconnaître sa dette d'amour envers ceux que rené char appelle les alliés substantiels, c'est lire des épitaphes cryptées, aborder des îlots de solitude, déserter l'ici et maintenant en glissant sur des luges de nuit pour gagner les frontières de l'invisible avec comme guides des émissaires de l'autre côté.
    Ces pages, roman d'une lectrice, sont des hommages aux maquisards qui ont fait oeuvre délictueuse, s'assignant le but de renverser les normes, de lancer des brûlots au flanc de l'académisme, d'exorciser les peurs et de proposer au lecteur un voyage oú il se débarrassera de sa pusillanimité, de ses préjugés, et se laissera emporter par une bourrasque vers des territoires inconnus.

  • Un jeune journaliste parisien, de passage au Havre, découvre un livre d'un écrivain nommé Antoine Sorel, qui se trouve avoir toujours habité cette ville. Le lendemain de cette découverte, si importante dans sa vie de lecteur, le jeune journaliste apprend la mort de l'écrivain, qui s'est suicidé à l'âge de quarante-cinq ans. Sans se dire qu'il y a un « mystère Sorel », le jeune admirateur décide de mener l'enquête et de retrouver ceux qui avaient été proches de Sorel pour les interroger, certain qu'en rassemblant les témoignages il réussirait à écrire un livre d'hommage, à faire le portrait de celui qu'il considère déjà comme un créateur inclassable. Des amis du mort, un de ses frères, son père, des femmes qu'il a connues, tous accepteront de parler, et le jeune journaliste, régulièrement, se rendra au Havre, découvrant ainsi la ville natale de Sorel. Il enregistrera les propos des témoins et cherchera jour après jour à mener à bonne fin la tâche qu'il s'est fixée, quoiqu'il se heurte à bien des difficultés.
    Portrait d'un écrivain en rupture avec le monde dans lequel il vivait, enquête sur un fils qui a peut-être souffert d'être condamné par son père, tombeau d'un homme perdu qui a marqué la vie de plusieurs femmes, ce livre est aussi une interrogation sur un sécessionniste qui a choisi un cheminement solitaire mais a quand même laissé de profonds souvenirs chez ceux qui ont croisé sa route et qui, presque tous, rendent hommage à son art, qu'ils l'aient compris ou pas.

  • Voix une crise

    Linda Lê

    " Je me suis assise sur le banc d'un long corridor éclairé par des néons.
    Je ne sais pas où je suis. Dans un centre de crise, comme on m'a dit, ou dans un théâtre avec des comédiens qui jouent leur partie et m'enrôlent en me laissant le choix des répliques. Près de moi, une femme au chapeau, un chapeau d'homme à bord rabaissé de dessous lequel jaillissent de belles boucles noires, passe la main sur son ventre, gémit. J'ai faim, puis répétant le même geste. Mon bébé, mon chéri, où es-tu ? Elle porte une longue jupe noire fendue, un gilet beige, des tennis roses maculées, et fume des cigarettes légères.
    Elle se lève, déambule dans le corridor, revient vers moi. J'ai envie de t'assassiner. Elle se rassied, se serre contre moi, tremble de tout son corps. J'ai peur. On est en prison ici. On devient fou... "

  • Hugo, Amiel, Steiner, Sa-Carneiro, Andreïev, Hermann Broch... Ce sont les quelques compagnons qu'évoque ici Linda Lê. Ce livre est un essai sur la lecture. Lectures d'enfance, lectures de l'âge adulte. Comment un écrivain qui a adopté une autre langue conçoit-il son rapport à la littérature oe
    Comment une lectrice qui a forgé son destin en lisant rend-elle hommage aux maîtres et à quelques esprits plus méconnus ? Cet essai est avant tout une invitation à la lecture, cette activité illicite où le moi le plus secret trouve dans le miroir de l'imprimé son double.

  • L´essai d´Élisabeth Badinter intituléLe Conflitsoulignait, l´an passé, la dureté de l´injonction faite aux femmes par l´obligation non seulement d´être mères, mais de l´être absolument, dans un fantasme de perfection typique d´une société où la sphère privée est devenue un spectacle permanent. En écrivant à l´enfant qu´elle a choisi de ne jamais concevoir, Linda Lê s´affranchit du monde en général pour poser un regard strictement personnel sur sa volonté de ne pas devenir mère. Ce travail autobiographique lui permet d´éclairer les premiers jalons qui, dans l´enfance, préparent l´expression de sa liberté d´adulte. La figure étouffante de la mère et une adolescence passée dans un monde exclusivement féminin contribuent à forger un désir de soi, aussi évident que douloureux à porter dans le regard de l´autre, et plus particulièrement de cet homme, S. Car l´homme qu´elle aime veut avoir des enfants. Chaque jour il tente de lui montrer que son refus se fonde sur l´erreur : erreur d´analyse, trop intellectuelle ; erreur ontologique d´un égocentrisme qui aurait mal tourné ; erreur personnelle, d´une peur jamais confrontée, etc. La narratrice, elle, en lieu et place d´idées toutes faites, voit défiler de simples images, précises et palpables : celle d´un enfant qu´elle ne saurait pas aimer, quelle que soit son identité, et celle d´un écrivain qui perdrait forcément la sienne à l´éduquer. « On ne part pas à la conquête du Graal avec une poussette », écrivait Karen Blixen. Et là où l´expression de la liberté devient intolérable aux yeux des notaires de ce monde exigeant une conversion systématique au modèle de la famille, la narratrice écarte toute forme de dureté, toute prétention à une règle édifiée à d´autres qu´elle-même. Bien au contraire, c´est toute la douceur de son amour qu´elle offre à cet enfant qui n´existera jamais, mais vit sans cesse, à chaque seconde, dans l´imaginaire lumineux de sa conceptrice.

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