Baltasar Porcel

  • Établissant l'inventaire d'un héritage inopiné, l'auteur, narrateur et protagoniste, Baltasar Porcel, revisite le passé de sa famille et de sa terre natale d'Andratx à l'aune d'un personnage aux proportions mythiques, son oncle Baltasar Guillem, qui lui lègue ce qu'il avait et surtout ce qu'il fut.
    Des fragments autobiographiques dénichés dans de vieux secrétaires de l'imposante bâtisse seigneuriale mettent à jour des affaires de coeur, de contrebande, d'espionnage, de corruption. Ils sont nombreux les épisodes qui, de Majorque à l'Algérie, de Cuba à la Provence, montrent le visage de l'oncle Baltasar Guillem sous les traits d'un esprit viscéralement libre et frondeur ou ceux d'un prédateur sans scrupule. Tragiques, poétiques ou terriblement cocasses, les événements s'enchaînent pour parler des hommes qui ont écrit l'histoire de la lignée.
    Ainsi de Sebastiá La Lance, ancêtre qui dut affronter une attaque de pirates maures au XVIIe siècle. Le village est évacué à l'exception d'une vague cousine impossible à déplacer en raison de sa corpulence. Après un combat épique, les ennemis sont boutés hors d'Andratx. Neuf mois plus tard, quand la cousine brandit un nourrisson brun, malingre et remuant, la décision est sans appel : "Tu le donnes aux porcs. Il porte aussi notre sang et il vaut mieux que nous l'ingurgitions dans la soubressade !" Ou de l'aïeul, Baltasar Jaume, surnommé "le juge vendu" qui pour rendre la justice se coiffait d'un épouvantable haut-de-forme et posait sur la table un gros livre noir qu'il montrait du doigt en vociférant "c'est le code qui le dit" quand il prononçait une sentence, pointant en réalité un vieux dictionnaire chinois/français.
    Ou encore "Grand-père n'a qu'un oeil", l'autre lui ayant été arraché par un crocodile dans un marigot cubain, qui, du temps de la prohibition, affrète des goélettes pour approvisionner en rhum les côtes de la Floride.
    Accepter l'héritage, c'est s'abreuver aux fantômes du passé et adhérer sans réserve aux obsessions claniques. Reconnaître en soi la force magmatique, cavernaire, mystérieuse d'être au monde. Faire siens ces vers de Whitman : "Le monde existe si tu es le monde et non un hôte du monde."

  • A Barcelone, à la veille d'un 1er Mai sur lequel planent des enjeux électoraux, deux personnages que tout oppose et qui se croisent furtivement tentent de tirer leur épingle d'un jeu difficile.
    Pelai, militant socialiste, flanqué d'une revêche épouse féministe et d'une enfant handicapée, déploie des trésors d'activisme et de fausse humilité pour que ses supérieurs le désignent comme candidat dans sa circonscription. Martigalà, riche promoteur immobilier, amateur d'art et d'argent, cynique et corrupteur mais depuis peu vraiment amoureux, convoite l'attribution d'un gigantesque chantier : le réaménagement du nouveau quartier Rei Conqueridor.
    C'est alors qu'un accident - l'effondrement d'un immeuble à la suite de l'extension du métro, réalisée par une des sociétés de Martigalà - vient bouleverser la donne. Les alliances battent de l'aile, les trahisons fissurent l'édifice et chaque parti tente de récupérer l'événement. Ressurgissent soudain, comme d'un ossuaire brutalement mis au jour, les drames politiques et familiaux qui, quelques décennies plus tôt, sur la puissance et la chute du franquisme, ont vu se déployer le miracle catalan.
    Echappées du passé, ou de ce que dissimulent les protagonistes, c'est bel et bien toutes les ombres qui rôdent désormais autour de quelques châteaux réels ou fantasmés, dans cette comédie humaine passionnée et vitaliste qui est aussi l'un des meilleurs romans que Barcelone ait inspirés.

  • Printemps et automnes

    Baltasar Porcel

    On entre dans ce livre comme dans une demeure immense, baroque, chaleureuse, bruissante de souvenirs, de conversations et des éclats d'une fête. Toute la "tribu" des Taltavull s'y trouve réunie une nuit de Noël. Commence alors un banquet qui est aussi un festin de récits, où jeunes et vieux, "printemps et automnes" du clan familial - voire même les disparus qu'on invoque avec émotion - rivalisent de mémoire, de hauts faits et d'improvisation, pour réinventer l'épopée d'une île altière et excessive...
    Cette île, c'est Majorque, terre de prédilection du Catalan Baltasar Porcel, qui nous fait découvrir là un somptueux territoire romanesque.

  • Des archives familiales retrouvées par hasard conduisent l'héritier d'une dynastie catalane de Majorque à confronter son passé aux obsessions ataviques de sa race et à l'histoire de son peuple.

  • En cet été 1809, les eaux placides et diaphanes de la baie de Cabrera éclairent d'une lumière morbide le débarquement de neuf mille grognards de l'armée impériale.
    Ils sont déportés après la capitulation de Bailén dans cet îlot désert, sans lois, sans espoir, sans issue, atomisés en fragments errants, jetés dans le vide cosmique. Un vétéran de ces troupes napoléoniennes propose, en 1850, le récit dantesque de la tragédie. Du passé, comme d'un puits sans fond, la mémoire ramène les souffrances de ces soldats de la foi impériale, simples marionnettes de son petit théâtre, pitoyables pantins désarticulés, livrés à l'instinct de survie le plus bestial ; l'image énigmatique d'un lieutenant exalté, ombre damnée de l'empereur, consumée par l'ambition ; deux soeurs amoureuses du même homme, sacrifiant leurs rêves à sa voracité de pouvoir.
    Véritable caisse de résonance des grands courants moraux et idéologiques de la Révolution française, les protagonistes de Cabrera sont tous propulsés dans l'oeil du cyclone par un mystérieux Deus ex machina : masse ruminante et obéissante, figures emblématiques de la puissante dichotomie de la nature humaine, éternelles victimes de notre folle propension à toujours aimer l'insaisissable. Ce roman, qui tient à la fois du genre politique, philosophique et épistolaire, palpite d'une saisissante force vitale, majestueuse et violente comme l'aigle impérial.

  • Olympia à majorque

    Baltasar Porcel

    Après une longue absence une voluptueuse Islandaise revient à Majorque faire tomber les masques. Une fresque baroque sur les soixante dernières années d'une société en disgrâce, dominée par l'intérêt et le cynisme.
    Après une longue absence une voluptueuse Islandaise revient à Majorque faire tomber les masques. Ce retour annoncé est prétexte à découvrir l'évolution sociale et économique de Majorque et de tout l'archipel des Baléares sur une soixantaine d'années, depuis les paysans à dos d'âne jusqu'à l'immense usine à tourisme d'aujourd'hui. Les Majorquins ont-ils été victimes ou acteurs de cette métamorphose ? Pour répondre à la question, Porcel convoque une galerie de figures hautes en couleur, toutes couches sociales confondues. Le traditionnel quatuor insulaire - ecclésiastiques, militaires, entrepreneurs, notaires - auquel font face des femmes flétries et insatisfaites, des vieillards décrépis et désorientés et des fils en manque de repères qui deviennent hippies, contestataires ou travestis quand ils ne se tuent pas au volant de leur rutilante Audi cabriolet.
    N'épargnant aucune catégorie, Baltasar Porcel dépeint une virulente satire de cette société transformée par les rouleaux compresseurs de la modernité et du tourisme de masse, qui pleure son passé tout en bradant ses terres aux princes de la spéculation. Une société majorquine qui figure un paradigme de l'actuelle mutation sociale et des confusions qu'elle engendre à travers la rupture de la transmission culturelle, de l'accélération de la vie, de la voracité prédatrice de l'argent.
    Entre élégie et caricature, cette oeuvre tumultueuse s'inscrit dans la tradition des romanciers du XIXe siècle. L'auteur utilise les mêmes ressorts (vengeance, adultère, pression morale...) avec la même fureur et la même générosité, s'attaquant surtout à la médiocrité et à la complaisance sous toutes leurs formes.
    Grand maître des hyperboles - stylistique, idéologique, psychologique - Baltasar Porcel nous réserve un grand finale enflammé par les frasques de la sulfureuse Olympia, l'élément perturbateur que tous attendent et qui n'arrive qu'à la fin de l'ouvrage pour incarner le pouvoir de destruction et de résurrection par l'emprise des sens.

  • La révolte permanente

    Baltasar Porcel

    • Balzac
    • 1 Septembre 2006

    La Guerre civile espagnole aura marqué le XXe siècle comme lexpression même de la lutte pour une autre conception du monde. Elle sera le précurseur du Deuxième Conflit mondial qui figera pendant près dun demi-siècle le monde en deux blocs distincts. Lanarchisme fut en Catalogne et dans le reste de lEspagne lexpression même de cette volonté dun changement radical du Vieux Monde et de ses valeurs. Cest ce que le journaliste et écrivain Baltasar Porcel a voulu décrire dans cet ouvrage en traçant le portrait de Joan Ferrer, militant anarcho-syndicaliste, archétype du monde ouvrier, de sa morale et de ses luttes ; et au-delà de ce dernier porter un regard sur la société et la politique espagnoles sous un angle bien particulier : celui de la base. En 1978, Joan Ferrer se confiera à Baltasar Porcel. À la première personne, il narrera sa vie de sa naissance à Igualada (Barcelone) jusquà son exil parisien. Ainsi renaît sous nos yeux près de trois quart de siècle de lEspagne et du peuple espagnol à travers ses réflexions sur lamour, la religion, le roi Alfonse XIII, la Seconde République en Espagne, les assassinats durant la guerre civile, les attentats anarchistes du début du XXe siècle et sur le collectivisme comme idéal et degré le plus élevé de la société. Ce livre passionnant écrit avec une grande liberté de ton développe une vision du monde originale qui mêle Désolation et Espérance !

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