Le Printemps des poètes 

Quelle profonde inquiétude, quel désir d’autre chose,
Autre chose qu’un pays, qu’un moment, qu’une vie,
Quel désir, peut-être d’autres états d’âme…

S’exclamait Fernando Pessoa sous le masque d’Álvaro de Campos. En portugais aussi, le désir nous relie aux étoiles. Tout droit tombé des astres et des regrets latins : desiderare qui vient de sidus, sideris. Comme un ciel étincelant d’absences. Une aimantation vitale. Un souhait ancestral, jamais élucidé, jamais rassasié, jamais exaucé.

Alors oui, après L’Ardeur, La Beauté et Le Courage, voici venu le Printemps du Désir.

  • POESIS réunit dans une anthologie-manifeste revue et augmentée plus de cent cinquante auteurs qui rappellent la nécessité d'« habiter poétiquement le monde ». Cette expression, empruntée à un célèbre vers du poète allemand Hölderlin, n'a jamais cessé depuis deux cents ans d'être citée ou commentée par des écrivains, des poètes et des philosophes de tous les pays.
    Les textes sont regroupés en cinq périodes : Le monde romantique avec Hölderlin, Novalis, Keats, Shelley, Hugo, Sand. Le monde post-romantique avec Emerson, Thoreau, Whitman, Nerval, Baudelaire, Rimbaud, Dickinson. Le monde moderne avec Mallarmé, Apollinaire, Tagore, Pessoa, Lorca, Rilke, Char, Camus, Saint-Exupéry. Le monde du renouveau avec Breton, Borges, Saint-John Perse, Arendt, Pasolini. Le monde contemporain avec Neruda, Bonnefoy, Jaccottet, Le Clézio, Handke, White, Cheng, Bobin, Tesson. et des personnalités issues d'autres disciplines, tels le sociologue Edgar Morin et l'agriculteur biologiste Pierre Rabhi.

  • À l'occasion de ses 50 ans, l'Oulipo met son inventivité à la portée des enfants et présente de façon ludique son mode de création, fondée généralement sur une contrainte que les auteurs se donnent avant d'écrire : du « monovocalisme» (une seule voyelle permise) au « lipogramme » (absence totale d'une voyelle) en passant par la « lettre du prisonnier » (aucune lettre ne dépasse des lignes), le lecteur se familiarise peu à peu avec cet univers à la fois loufoque et malin !

  • Au coeur de nos vies, l'amour...
    Dans l'émerveillement troublé de la présence de l'être aimé comme dans les affres glauques de son absence, l'amour, obsession des âmes et des corps, se chante sur tous les tons de la gamme.
    Douces confidences tendrement murmurées dans l'émoi des premiers mots et des premiers gestes, brûlants aveux des passions enflammées, plaintes, gémissements, menaces et jérémiades quand le temps se gâte, l'amour capte tous les mots, se glisse dans toutes les formes. Alors, il y a toutes sortes de poèmes pour toutes sortes d'histoires d'amour.
    Et il y a dans ce livre - miroir de nos bonheurs, de nos espérances et de nos désarrois - tous les poèmes que nous aimerions recevoir et tous ceux que nous aimerions envoyer.
    Des textes éternels illustrés de photos d'aujourd'hui.

  • «Parler aux hommes le langage de tous les hommes et leur parler cependant un langage tout neuf, infiniment précieux et simple pourtant comme le pain de la vie quotidienne, nul poète, avant Éluard, ne l'avait fait si naturellement. Transmuer en une sorte d'or vierge l'aspect des joies et des douleurs communes à tous, pour en faire éclater la splendeur unique, Éluard fut capable de cela plus intensément et plus aisément que nul autre. L'amour la poésie, ce titre (que je trouve follement beau), n'est-ce pas la formule exacte qui en coiffant impérieusement la vie permet de la renouveler ? La plupart des poètes ont célébré l'amour. Combien sont-ils, à la réflexion, qui l'aient porté en eux toujours et qui en aient imprégné leur oeuvre à la manière d'Éluard ? Capitale de la douleur, L'amour la poésie, je vois en ces livres des tableaux de la vie commune telle que par l'amour elle est rendue poétique, c'est-à-dire illuminée. Il n'est personne qui, pour un temps bref au moins, n'ait fait l'expérience de pareille illumination, mais les avares et les prudents ont la règle de rabaisser les yeux au plus vite, tandis que la leçon d'Éluard est de substituer définitivement le monde ainsi transfiguré à l'ancien et de s'en mettre plein la vue et plein les doigts sans avoir peur de se déchirer à ses aigus sommets.» André Pieyre de Mandiargues.

  • "Toute voix neuve éclate dans un temps gouverné par des modes de penser et de sentir, par des habitudes, par des formes elles-mêmes tyrannisées par une idéologie, et elle est condamnée à être en effet "inouïe" : dans ce sens, il est significatif, non pas peut-être que tous les grands recueils de Verlaine, y compris, en 1885, Jadis et Naguère, aient été publiés à compte d'auteur, mais que tous, malgré quelques articles, et les plus amicaux ne sont pas les moins aveugles, soient passés, sans exception, inaperçus : artistes, critiques, "juges attitrés", tous adonnés aux "jeux anciens" ; la "modernité", c'est du côté du Parnasse qu'elle se cherche, ou dans le réalisme de Coppée, de Mérat (auquel il est vrai que Verlaine se montrera lui-même très attentif, mais c'est pour aussitôt, dans les Paysages belges, dans les pièces des Fêtes galantes où se laissent reconnaître ses motifs, l'entraîner dans une autre aventure) : qui eût pu, dans cette voix "en allée", secrète et vertigineuse, la reconnaître, et avec elle, imperceptiblement et pour jamais, c'étaient les formes mêmes qui bougeaient.
    Si, Mallarmé, reconnaissant dès les Poèmes saturniens l'effort conscient de Verlaine "vers la sensation rendue" (et c'est déjà, par places, cette "traduction immédiate du senti" qu'exigera un jour Rimbaud), le rejet des "favorites usées", la naissance d'"un métal vierge et neuf" ; Rimbaud, lecteur, dès leur parution, des Fêtes galantes et, dans la lettre fameuse à Paul Demeny du 15 mai 1871, tenant Verlaine, avec Baudelaire, pour un "vrai poète", pour un "voyant".
    C'est-à-dire, essentiellement, le texte est là ("Les inventions d'inconnu réclament des formes nouvelles"), pour ce créateur d'une autre langue poétique, que Baudelaire, à ses yeux, n'a pas été ("la forme si vantée en lui est mesquine") et que Verlaine lui-même, un jour, très tôt, ne saura plus ou n'osera plus être. " Jacques Borel.

  • S'il a d'abord été connu du public français par ses ouvrages sur la pensée, l'esthétique et la calligraphie chinoises, ses méditations et ses romans, François Cheng a commencé par publier des poèmes et la poésie n'a cessé d'être l'alpha et l'oméga de son oeuvre. Le succès éditorial exceptionnel de ses deux derniers recueils La vraie gloire est ici et Enfin le royaume, que nous reprenons aujourd'hui dans notre collection, s'explique assurément par l'évidence de leur lyrisme généreux, l'élan et la limpidité de l'écriture, son chant profond qui donne accès à une haute spiritualité imprégnée du taoïsme et cependant proche du coeur et des préoccupations de tout un chacun. « Car vivre/ C'est savoir que tout instant de vie est rayon d'or /Sur une mer de ténèbres, c'est savoir dire merci », ces vers par exemple qui expriment un optimisme foncier et lucide résument parfaitement une position existentielle qui apparaît comme un point d'appui pour la conscience occidentale égarée par ses doutes.

  • «Sa statue nous a masqué sa vraie stature. Mais il suffit de le relire pour le retrouver vivant presque à chaque page. Il ne s'est en effet guère moins mis dans son oeuvre qu'un La Fontaine, qui, malgré les apparences, ne se livre pas davantage. Il s'y peint à tous les âges, burinant avec une probité scrupuleuse chacun de ses portraits, reflets successifs d'une personnalité fortement accusée, plus complexe qu'il ne paraît de prime abord et qui doit à ses contrastes son puissant relief. Laissant le fabuliste confier à la flexible fluidité des vers irréguliers le libre vagabondage de son âme inquiète, il choisit pour instrument l'alexandrin, dont il se montre un incomparable ouvrier, et dont il sait tirer, à force de travail, une variété presque infinie d'effets. Doué d'une oreille très subtile et très sûre, il combine les sons de manière que chaque mot, mis à sa juste place, prenne, par un système savant d'échos, sa pleine valeur. [...] Le temps paraît venu de lui rendre parmi ses pairs le rang éminent qui lui revient de droit. Nul ne méritait davantage de prendre place dans cette collection. On le croit trop connu, mais on se trompe. Il réserve toujours à son lecteur le plaisir de la surprise. Ce privilège n'appartient qu'aux poètes authentiques et seulement aux plus grands. Il a fixé la norme à partir de laquelle tout devient écart, excroissance, déviation. Qu'on le veuille ou non, l'alexandrin qu'il a forgé reste un peu comme le mètre-étalon de notre poésie. Plus que personne, il a contribué, par son travail obstiné sur les mots, à clarifier notre langue, dont nul n'a mieux senti d'instinct le génie, à lui donner cette sorte d'évidence lumineuse qu'on pourrait appeler le lustre de la raison.» Jean-Pierre Collinet.

  • Lexique amoureux

    Adonis

    «Si la figure publique et internationale d'Adonis, à travers ses interventions journalistiques, ses déclarations fermes mais jamais tonitruantes, dans ses conférences et ses entretiens, est pour beaucoup de lecteurs celle d'un poète révolté contre les désastres du fondamentalisme, contre l'ingérence du religieux dans le politique et contre les naïvetés un peu idéalistes de l'idée même d'une révolution populaire, si aisément manipulable, il est probable que sa place dans l'histoire de la poésie sera conçue avec le temps comme plus complexe. Assurément, elle est singulière par son parcours d'enfant de paysans syriens devenu un intellectuel de haut rang, un érudit exceptionnel et un esprit remarquablement libre, sans la moindre pesanteur didactique, sans la moindre arrogance, mais aux arguments pointus et implacables, qui, pour revendiquer la modernité, n'en renie jamais pour autant le passé littéraire de sa langue, ni sa dette envers la grande poésie classique arabe, préislamique. Mais c'est aussi, ainsi que le prouve le choix de ces recueils tout habités de sensualité et de passion amoureuse, un poète qui aura su rendre aux femmes leur rôle et leur voix. En renversant bien des clichés sur la poésie arabe, en la laïcisant, en la démasculinisant, en l'affranchissant d'identités trop nationales, en l'universalisant, en la confrontant à d'autres expériences linguistiques, en se souvenant aussi de la leçon de la philosophie arabe médiévale, où lyrisme et rationalisme n'étaient pas contradictoires, et qui avait permis de préserver, d'approfondir et de transmettre l'héritage grec antique, il a créé un univers où le livre, le paysage, l'histoire, le corps se donnent mutuellement des armes, dans un renvoi de reflets tantôt sanglants tantôt aimants, à l'image de la lune, lumière de l'amour et du meurtre».

    Ce volume contient : Commencement du corps, fin de l'océan - Histoire qui se déchire sur le corps d'une femme - La forêt de l'amour en nous - Le Livre II (al-Kitâb) [extraits].

  • À Mathilde Urrutia.

    [...] Avec grande humilité moi j'ai fait ces sonnets de bois, en leur donnant le son de cette substance opaque et pure, et qu'ils atteignent ainsi tes oreilles. Toi et moi cheminant par bois et sablières, lacs perdus, latitudes de cendres, nous avons recueilli des fragments de bois pur, madriers sujets du va-et-vient de l'eau et de l'intempérie. De ces vestiges à l'extrême adoucis j'ai construit par la hache, le couteau, le canif, ces charpentes d'amour et bâti de petites maisons de quatorze planches pour qu'en elles vivent tes yeux que j'adore et que je chante. Voilà donc mes raisons d'amour et cette centaine est à toi : sonnets de bois qui ne sont là que de cette vie qu'ils te doivent.

    Octobre 1959.

  • Edition enrichie (Introduction, notes, notes littéraires et bibliographie) Tout ce que Ronsard a écrit de vers amoureux, mais aussi érotiques, au temps de sa verte jeunesse, et qu'il a publié entre 1552 et 1560 : à Cassandre, à Marie, aux belles et accortes paysannes qui s'abandonnent sur un talus, le poète dit sa ferveur, tantôt dans une langue familière et leste, tantôt au moyen d'images mythologiques que l'on retrouve dans l'art de Fontainebleau.
    C'est le beau xvie siècle qui s'exprime ici, celui du règne d'Henri ii, roi cavalier, des châteaux du bord de Loire, des bals et des rêves. Ronsard n'a pas encore la tête religieuse et il ne sait pas qu'il va bientôt troquer sa plume pour une épée. Et si la poésie grave le tente déjà, il ne s'y abandonne que par occasion. Son coeur et son corps l'occupent tout entier.
    Cette édition, conçue avec un soin extrême, réunit toute la production de ces années ; elle l'éclaire par des variantes et des notes nombreuses, ainsi que par toutes les indications lexicales et mythologiques indispensables à sa compréhension.

    Edition critique, avec introduction, notes et variantes, établie par André Gendre.  

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