En Lettres 

Suggestion de bibliographie pour les étudiants de Lettres. 

  • France, mère des arts, des armes et des lois, Tu m'as nourri longtemps du lait de ta mamelle : Ores, comme un agneau qui sa nourrice appelle, Je remplis de ton nom les antres et les bois. Si tu m'as pour enfant avoué quelquefois, Que ne me réponds-tu maintenant, ô cruelle ? France, France, réponds à ma triste querelle. Mais nul, sinon Echo, ne répond à ma voix. Entre les loups cruels j'erre parmi la plaine, Je sens venir l'hiver, de quoi la froide haleine D'une tremblante horreur fait hérisser ma peau.
    Las, tes autres agneaux n'ont faute de pâture, Ils ne craignent le loup, le vent ni la froidure : Si ne suis-je pourtant le pire du troupeau.
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  • 72 nouvelles, racontées sur 7 jours par 10 orateurs (7 femmes et 3 hommes). Enfermés, à cause de la crue d'un cours d'eau, dans une abbaye, ils se racontent des histoires pour passer le temps. Entre chaque récit, les auditeurs confrontent leurs réactions et leurs interprétations. Ce recueil est un des textes fondamentaux de la Renaissance ; et, entre Rabelais et Montaigne, l'un des trois plus importants. L'auteure adapte en français les nouvelles dites "à l'italienne" (dans la tradition du Décaméron de Boccace). Certaines histoires font rire, d'autres pleurer ; on passe de la farce à la comédie psychologique, de la violence extérieure à la violence des passions. Elles se veulent toutes actuelles et «véritables», miroirs de l'homme, dans ses misères, dans «la fragilité des coeurs». Il s'agit souvent de ce qu'on appelle aujourd'hui des faits divers (et qu'on appelait à l'époque des cas mémorables et édifiants, dont on peut s'inspirer moralement) : histoires tragiques, violentes (assassinats, incestes, viols...), histoires d'amour qui finissent mal... Il est beaucoup question de querelle des sexes (les mauvais tours que font les femmes à leurs maris, racontés par les hommes ; l'infidélité de ceux-ci, racontés par les femmes...) Ce livre est à l'origine du développement du genre de la nouvelle en France : Marguerite de Navarre a défini le genre de la nouvelle en langue française. Elle est au XVIe siècle ce que Maupassant est au XIXe.

  • Collection « Classiques » dirigée par Michel Zink et Michel Jarrety Madame de La Fayette La Princesse de Clèves « La magnificence et la galanterie n'ont jamais paru avec tant d'éclat que dans les années du règne de Henri second », et c'est bien sur le théâtre de la brillante cour des Valois que se noue et se joue la passion de la princesse de Clèves et du duc de Nemours. Passion tacite, et qui ne s'exprime longtemps que par des signes : un portrait dérobé, la couleur d'un vêtement au tournoi, la soudaine émotion d'un visage. Passion tragique, aussi, dont la mort est la conséquence imprévue.
    Si La Princesse de Clèves, lors de sa parution en 1678, est le livre le plus immédiatement commenté de son époque, c'est que, sans rompre totalement avec le roman antérieur, il y introduit le souci de vraisemblance et de brièveté qui caractérise alors la nouvelle, et concilie de manière neuve narration et psychologie. Le premier des romans d'analyse ? Certainement. Mais simplement, aussi, un grand roman sans romanesque.

    Edition de Philippe Sellier.

  • Collection « Classiques » dirigée par Michel Zink et Michel Jarrety Zola La Fortune des Rougon Dans la petite ville provençale de Plassans, au lendemain du coup d'Etat d'où va naître le Second Empire, deux adolescents, Miette et Silvère, se mêlent aux insurgés. Leur histoire d'amour comme le soulèvement des républicains traversent le roman, mais au-delà d'eux, c'est aussi la naissance d'une famille qui se trouve évoquée : les Rougon en même temps que les Macquart dont la double lignée, légitime et bâtarde, descend de la grand-mère de Silvère, Tante Dide. Et entre Pierre Rougon et son demi-frère Antoine Macquart, la lutte rapidement va s'ouvrir. Premier roman de la longue série des Rougon-Macquart, La Fortune des Rougon que Zola fait paraître en 1871 est bien le roman des origines. Au moment où s'installe le régime impérial que l'écrivain pourfend, c'est ici que commence la patiente conquête du pouvoir et de l'argent, une lente ascension familiale qui doit faire oublier les commencements sordides, dans la misère et dans le crime. « Votre comédie est tragique », écrit Hugo juste après avoir lu le livre : « Vous avez le dessin ferme, la couleur franche, le relief, la vérité, la vie. Continuez ces études profondes. » Edition de Colette Becker.

  • Les amours

    Ronsard

    Tout ce que Ronsard a écrit de vers amoureux, mais aussi érotiques, au temps de sa verte jeunesse, et qu'il a publié entre 1552 et 1560 : à Cassandre, à Marie, aux belles et accortes paysannes qui s'abandonnent sur un talus, le poète dit sa ferveur, tantôt dans une langue familière et leste, tantôt au moyen d'images mythologiques que l'on retrouve dans l'art de Fontainebleau.
    C'est le beau xvie siècle qui s'exprime ici, celui du règne d'Henri ii, roi cavalier, des châteaux du bord de Loire, des bals et des rêves. Ronsard n'a pas encore la tête religieuse et il ne sait pas qu'il va bientôt troquer sa plume pour une épée. Et si la poésie grave le tente déjà, il ne s'y abandonne que par occasion. Son coeur et son corps l'occupent tout entier.
    Cette édition, conçue avec un soin extrême, réunit toute la production de ces années ; elle l'éclaire par des variantes et des notes nombreuses, ainsi que par toutes les indications lexicales et mythologiques indispensables à sa compréhension.

    Edition critique, avec introduction, notes et variantes, établie par André Gendre.Tout ce que Ronsard a écrit de vers amoureux, mais aussi érotiques, au temps de sa verte jeunesse, et qu'il a publié entre 1552 et 1560 : à Cassandre, à Marie, aux belles et accortes paysannes qui s'abandonnent sur un talus, le poète dit sa ferveur, tantôt dans une langue familière et leste, tantôt au moyen d'images mythologiques que l'on retrouve dans l'art de Fontainebleau.
    C'est le beau xvie siècle qui s'exprime ici, celui du règne d'Henri ii, roi cavalier, des châteaux du bord de Loire, des bals et des rêves. Ronsard n'a pas encore la tête religieuse et il ne sait pas qu'il va bientôt troquer sa plume pour une épée. Et si la poésie grave le tente déjà, il ne s'y abandonne que par occasion. Son coeur et son corps l'occupent tout entier.
    Cette édition, conçue avec un soin extrême, réunit toute la production de ces années ; elle l'éclaire par des variantes et des notes nombreuses, ainsi que par toutes les indications lexicales et mythologiques indispensables à sa compréhension.

    Edition critique, avec introduction, notes et variantes, établie par André Gendre.

  • Hernani

    Victor Hugo

    Tout s'est éteint, flambeaux et musique de fête.
    Rien que la nuit et nous ! félicité parfaite !
    Dis, ne le crois-tu pas ? sur nous, tout en dormant, la nature à demi veille amoureusement.
    La lune est seule aux cieux, qui comme nous repose, et respire avec nous l'air embaumé de rose !
    Regarde : plus de feux, plus de bruit.
    Tout se tait.
    La lune tout à l'heure à l'horizon montait, tandis que tu parlais, sa lumière qui tremble et ta voix, toutes deux m'allaient au coeur ensemble ;
    Je me sentais joyeuse et calme, ô mon amant !
    Et j'aurais bien voulu mourir en ce moment.
    (acte v, scène 3)

  • Ubu roi

    Alfred Jarry

    Le personnage d'Ubu, né d'une pièce créée par des lycéens, est devenu le symbole universel de l'absurdité du pouvoir, du despotisme, de la cruauté. Jarry en montre le ridicule, lui oppose l'arme que les faibles gardent face aux tyrans, la formidable liberté intérieure que donne le rire. Le sens du comique et de l'humour change le tyran en marionnette, en ballon gonflé d'air.

  • Ruy Blas

    Victor Hugo

    Ruy blas bon appétit messieurs ! - ministres intègres !
    Conseillers vertueux ! voilà notre façon de servir, serviteurs qui pillez la maison !
    Donc vous n'avez pas honte et vous choisissez l'heure.
    L'heure sombre où l'espagne agonisante pleure !
    Donc vous n'avez ici pas d'autres intérêts que d'emplir votre poche et vous enfuir après !
    Soyez flétris, devant votre pays qui tombe fossoyeurs, qui venez le voler dans la tombe !
    - mais voyez, regardez, ayez quelque pudeur.
    L'espagne et sa vertu, l'espagne et sa grandeur, - tout s'en va - nous avons, depuis philippe quatre, perdu le portugal, le brésil sans combattre :
    En alsace brisach, steinfort en luxembourg :
    Et toute la comté jusqu'au dernier faubourg :
    /> Le roussillon, ormuz, goa, cinq mille lieues de côte, et fernambouc, et les montagnes bleues !
    Mais voyez.
    - du ponant jusques à l'orient.
    L'europe, qui vous hait, vous regarde en riant.

  • Lucrèce Borgia

    Victor Hugo

    Lucrèce Borgia Crime, débauche, inceste : Lucrèce Borgia, fille et soeur de papes, est accusée des maux les plus infâmes. Un seul homme, pourtant, la fait trembler : son fils, Gennaro, jeune soldat au coeur pur qui se croit orphelin. Par amour pour lui, cette femme vénéneuse veut racheter son passé et laver son nom, honni de l'Italie tout entière. Par-delà le monstre, Hugo dresse le portrait d'une femme qui s'efforce de métamorphoser son âme. Signe de son triomphe immédiat, la pièce a fait l'objet de plusieurs parodies. Cette édition reproduit la plus réussie d'entre elles, Tigresse Mort-aux-Rats, récriture burlesque et satirique qui dissèque les rouages du théâtre hugolien. Elle comprend également un entretien avec le metteur en scène David Bobée, qui revient sur sa lecture politique et esthétique de l'oeuvre.

  • Lorenzaccio

    Alfred de Musset

    1537 : dans la Florence des Médicis, le jeune Lorenzo projette en secret l'assassinat de son cousin, le tyran Alexandre. Tentative désespérée de changer le cours de l'Histoire en faisant triompher la cause républicaine ? Ou oeuvre d'un individu d'exception, désireux de laisser son nom à la postérité ? Sous le masque de ce personnage « glissant comme une anguille », double de Brutus l'Ancien comme de Hamlet, se laisse entrevoir, de loin en loin, le moi déchiré de l'auteur, enfant du siècle. Entre cynisme et idéalisme, débauche et héroïsme, la figure énigmatique de celui que l'on surnomme Lorenzaccio a inspiré à Musset ce chef-d'oeuvre du drame romantique.

  • «Une voix - de "l'élégant badinage" cher à Boileau, de trop fameuse et scolaire mémoire, il n'y a peut-être que cela à retenir : cette présence immédiate et sonore qui fait de l'oeuvre de Marot, par-delà les quelques traces écrites qui nous en sont parvenues, une création essentiellement orale. Oralité féconde dont témoignent dès l'origine les rimes évoquées, senées ou batelées qui structurent maintes pièces de l'Adolescence et dont on aurait tort de dénoncer l'archaïsme voyant ; oralité d'une voix qui affirme progressivement au fil des Épîtres le ton personnel d'une confidence élégiaque ou d'un appel, depuis l'héroïde de la belle Maguelonne à son ami Pierre de Provence jusqu'à la fable dialoguée du Lion et du Rat adressée à Lion Jamet ; oralité qui éclate enfin dans la polyphonie de Chansons à rimes annexées ou couronnées - "Régente Gente", "colombelle belle" (Chanson III) - appelant l'accompagnement du luth et l'entrelacs choral. Plus tard encore dans la carrière du poète, les parallélismes que file la poésie lyrique des Psaumes réclament en chaque strophe le déploiement de la langue dans l'espace vocal du cantique. [...] L'originalité de Marot par rapport à ses prédécesseurs ne procède ni d'une rupture ni d'une révolte libératrice, mais, de manière plus insensible et plus humble, de l'adaptation d'un langage cérémoniel et codé aux inflexions personnelles d'un chant ou d'une conversation.» Frank Lestringant.

  • Fin de partie

    Samuel Beckett

    • Minuit
    • 1 Juillet 1957

    * Pièce en un acte pour quatre personnages, écrite en français entre 1954 et 1956. Première publication aux Éditions de Minuit : Fin de partie, suivi de Acte sans paroles I, 1957.

    * Fin de partie a été créé, en français, le 1er avril 1957, à Londres, au Royal Court Theatre, dans une mise en scène de Roger Blin, avec la distribution suivante : Nagg (Georges Adet), Nell (Christine Tsingos), Hamm (Roger Blin), Clov (Jean Martin). La pièce a été reprise le même mois, à Paris, au Studio des Champs-Élysées, avec la même distribution, à cette exception près que le rôle de Nell était alors tenu par Germaine de France.

    « Dans Fin de partie il y a déjà cette notion d'immobilité, cette notion d'enfouissement. Le personnage principal est dans un fauteuil, il est infirme et aveugle, et tous les mouvements qu'il peut faire c'est sur son fauteuil roulant, poussé par un domestique, peut-être un fils adoptif, qui est lui-même assez malade, mal en point, qui marche difficilement. Et ce vieillard a ses parents encore, qui sont dans des poubelles, son père et sa mère qu'on voit de temps en temps apparaître et qui ont un très charmant dialogue d'amour.
    Nous voyons deux êtres qui se déchirent, qui jouent une partie comme une partie d'échecs et ils marquent des points, l'un après l'autre, mais celui qui peut bouger a peut-être une plus grande chance de s'en tirer, seulement ils sont liés, organiquement, par une espèce de tendresse qui s'exprime avec beaucoup de haine, de sarcasme, et par tout un jeu. Par conséquent, il y a dans cette pièce - qui est à un niveau théâtral absolument direct, où il n'y a pas d'immense symbole à chercher, où le style est d'une absolue simplicité -, il y a cette espèce de jeu qu'ils se font l'un à l'autre, et qui se termine aussi d'une façon ambiguë parce que le suspense dérisoire de la pièce, s'il y a suspense, c'est ce fils Clov, partira-t-il ou non ? Et on ne le sait pas jusqu'à la fin.
    Je dois dire aussi que c'est une pièce comique. Les exégètes de Beckett parlent d'un « message », d'une espèce de chose comme ça. Ils oublient de dire le principal, c'est que c'est une chose qui est une découverte du langage, de faire exploser un langage très quotidien. Il n'y a pas de littérature plaquée, absolument pas. Faire exploser un langage quotidien où chaque chose est à la fois comique et tragique ».

    Roger Blin

  • La leçon

    Eugène Ionesco

    La leçon est l'une des pièces les plus jouées et les plus lues d'Eugène Ionesco. Elle commence comme une satire hilarante de l'enseignement, pour faire allusion ensuite à de savantes théories linguistiques ; le ton, alors, change : la farce se termine en tragédie lorsque le professeur tue son élève. Mais cette tragédie est, elle aussi, parodique : chacun lui donne le sens qu'il veut.

  • Nora a emprunté de l'argent en secret pour aider son mari. Elle tente de persuader son mari de donner un meilleur poste dans sa banque au prêteur, qui la fait chanter. Celui-ci, lorsqu'il apprend tout, se montre uniquement soucieux de sa réputation. Nora le laisse montrer sa mesquinerie en se repliant sur elle-même. Le prêteur renonce à son chantage, mais Nora décide de quitter son foyer, son mari et ses enfants pour s'assumer elle-même. On a donné plusieurs interprétations de cette pièce, ce qui en montre la richesse. D'abord féministe, puis esthétique : Nora est aussi un symbole de l'artiste isolé sur cette terre. C'est en tout cas un admirable rôle féminin. Les hommes ne sortent pas grandis de la pièce.

  • Pirandello invite le spectateur à assister à ce qui lui est généralement caché : ce qui se passe sur une scène lorsque la salle est vide ; ce qui se passe dans l'esprit du metteur en scène aux prises avec des personnages qui lui sont confiés ; et plus encore, tout ce qui se passe dans le coeur d'un auteur lorsque s'imposent à lui des personnages, et qu'il les sent plus forts qu'il n'est.

    Traduit de l'italien par Michel Arnaud et André Bouissy.

  • Médée

    Sénèque

    Friand de drames sanglants et soucieux d'explorer les replis les plus noirs de l'âme humaine, Sénèque choisit de faire de ce personnage de magicienne infanticide au parcours jalonné de crimes abominables l'archétype du monstre, mais un monstre que la raison philosophique et religieuse doit expliquer.

  • Obéissant à l'oracle, Oedipe résout l'énigme du Sphinx, tue son père et épouse sa mère. La peste s'abat sur Thèbes qui a couronné un inceste et un parricide. Quand un berger dévoile la vérité, la machine infernale des dieux explose. Oedipe se crève les yeux et sa mère se pend.
    S'inspirant du théâtre de Sophocle, Cocteau redonne vie aux grandes figures grecques : Oedipe, Jocaste, Antigone et Créon. Il philosophe en virtuose. Non, l'homme n'est pas libre. Il naît aveugle et les dieux règlent sa destinée. Même le héros, celui qui sort du rang, doit se soumettre. Ce grand texte dit tout sur l'homme avec infiniment d'humour et de poésie.


    Notes et commentaires de Gérard Lieber.

  • Gargantua

    François Rabelais

    Gargantua depuis les troys jusques à cinq ans feut nourry et institué en toute discipline convenente par le commandement de son pere, et celluy temps passa comme les petitz enfans du pays, c'est assavoir à boyre, manger, et dormir : à manger, dormir, et boyre : à dormir, boyre, et manger.
    tousjours se vaultroit par les fanges, se mascaroyt le nez, se chauffourroit le visaige.
    Aculoyt ses souliers, baisloit souvent au mousches, et couroit voulentiers aprés les parpaillons, desquelz son pere tenoit l'empire. il pissoit sus ses souliers, il chyoit en sa chemise, il se mouschoyt à ses manches, il mourvoit dedans sa soupe. et patroilloit par tout lieux, et beuvoit en sa pantoufle, et se frottoit ordinairement le ventre d'un panier.

  • " j'ai toujours entendu dire : quand on aime, on marche sur un petit nuage, mais ce qui est bon, c'est qu'on marche sur la terre, sur l'asphalte.
    Vous savez, le matin, les pâtés de maison ressemblent à de gros tas d'ordures dans lesquels on aurait allumé des lumières, quand le ciel est déjà rose et encore transparent parce qu'il n'y a pas de poussière. vous voulez que je vous dise, vous perdez beaucoup si vous n'êtes pas amoureux et que vous ne voyez pas votre ville à l'heure où elle se lève de son lit, comme un vieil artisan qui, le ventre vide, emplit ses poumons d'air frais et saisit ses outils, ainsi que chantent les poètes.
    " le 18 mai 1941, lion feuchtwanger écrit à brecht depuis son exil californien : " j'ai reçu le manuscrit de la bonne ame du se-tchouan. c'est un petit miracle qu'au milieu de cette confusion barbare vous ayez pu réaliser quelque chose d'aussi beau, clair, tranquille et classique. " dans le se-tchouan, une province fort reculée de la chine, trois dieux voyagent. ils recherchent des justes. ils en trouvent une seule : shen té, la prostituée.
    Pour la récompenser, ils lui donnent un peu d'argent ; elle quitte son métier, ouvre une boutique de tabac. les ennuis commencent : passer de l'autre côté de la misère, c'est aussi devoir l'affronter. misère physique, sociale. mais aussi misère morale. dans la clairvoyance avec laquelle sont dépeints les habitants du se-tchouan, parle toute la tristesse et la révolte de l'exilé brecht devant l'incapacité des peuples à faire échec aux structures de domination.
    Brecht écrit cette pièce pendant que la guerre achève de détruire son pays. on retrouve, transporté en chine, le monde de l'opéra de quat'sous, mais s'y ajoute une tonalité morale, qui n'est pas sans rappeler parfois la flûte enchantée. la fresque épique des aventures de shen té est ponctuée d'appels désespérés à la bonté et d'explosions de colère, devant la médiocrité et la passivité des humains.
    à l'heure où les libertés civiles sont de plus en plus menacées, la pièce n'a rien perdu de sa force.

  • C'est un conte bref, très habilement composé pour donner un effet de reproduction d'une ancestrale tradition, venue de la littérature orale. Récit peu surprenant, car très respectueux des schémas simples - le désir de richesse ; la crédulité des hommes face au leurre de l'argent ; la difficile conquête de l'objet censé apporter la richesse (ici, des saphirs) - et structuré par toutes les étapes obligées de la dépossession - accidents, naufrages, attaques de corsaires, morts, errances, pauvreté plus grande qu'avant l'acquisition de la supposée fortune, dénuement définitif. À quoi s'ajoutent des rituels plus particuliers à Yourcenar, comme l'automutilation. Plus encore que l'anecdote, c'est l'atmosphère de ce conte qui préfigure les Nouvelles orientales.
    Josyane Savigneau.

  • Le gardien

    Harold Pinter

    «Davies : Tous ces maudits va-nu-pieds, mon vieux, ça sait seulement se conduire comme des cochons. J'ai peut-être été sur les routes durant quelques années, mais vous pouvez y aller, je suis propre. Je prends soin de moi. C'est pour ça que j'ai quitté ma femme. Quinze jours après l'avoir épousée, non, même pas, pas plus d'une semaine, je soulève le couvercle d'une casserole et vous savez ce qu'il y avait dedans ? Des sous-vêtements à elle, des sales. Et c'était pour cuire les légumes, cette casserole. Exprès pour les légumes. C'est après ça que je l'ai quittée et je l'ai plus jamais revue.»

  • « Légendes saisies en vol, fables ou apologues, ces Nouvelles Orientales forment un édifice à part dans l'oeuvre de Marguerite Yourcenar, précieux comme une chapelle dans un vaste palais. Le réel s'y fait changeant, le rêve et le mythe y parlent un langage à chaque fois nouveau, et si le désir, la passion y brûlent souvent d'une ardeur brutale, presque inattendue, c'est peut-être qu'ils trouvent dans l'admirable économie de ces brefs récits le contraste idéal et nécessaire à leur soudain flamboiement ».
    Matthieu Galey

  • « Nathanaël, je t'enseignerai la ferveur.
    Une existence pathétique, Nathanaël, plutôt que la tranquillité. Je ne souhaite pas d'autre repos que celui du sommeil de la mort. J'ai peur que tout désir, toute énergie que je n'aurais pas satisfaits durant ma vie, pour leur survie ne me tourmentent. J'espère, après avoir exprimé sur cette terre tout ce qui attendait en moi, satisfait, mourir complètement désespéré. »

  • Les caves du Vatican

    André Gide

    Cette pièce est tirée de la « sotie » du même auteur, publiée en 1914 aux Éditions de la N.R.F.
    En 1933, la Compagnie « Art et Travail » présenta au Studio des Champs-Élysées une première adaptation. Mais André Gide, tout en rendant hommage au zèle et à la bonne volonté de l'adaptatrice, lui signifia aussitôt qu'il ne pouvait approuver sa version et que seule la crainte de lui causer un préjudice matériel le retenait d'interdire les représentations.
    Par la suite, il se refusa catégoriquement à autoriser des représentations de cette version à l'étranger, et en particulier en URSS. La même année, les Belletriens de Lausanne ayant exprimé leur vif désir de porter à la scène Les caves du Vatican, à Lausanne, Vevey, Montreux, Genève, Berne, etc., André Gide tint à s'occuper lui-même de l'adaptation qu'ils donnèrent.
    C'est en mai 1950 que la Comédie-Française vint proposer à André Gide de créer une nouvelle adaptation de sa sotie. Il se mit au travail aussitôt, écrivit plusieurs scènes nouvelles et donna, en particulier, plus d'importance au rôle de Geneviève de Baraglioul. Mis en scène par Jean Meyer, cette nouvelle adaptation, que nous publions, fut présentée pour la première fois le 13 décembre 1950, à la salle Richelieu. Dans le programme, on pouvait lire cette phrase : « La pièce est tout naturellement sortie du livre. Quant à comprendre comment le livre est sorti de moi... ? »

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